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Cet article est issu du dossier «Afrique du Sud : guerre de succession à la tête de l'ANC»

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Politique

Afrique du Sud : un double enjeu, la cohésion de l’ANC et l’avenir du pays

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Journaliste, auteur, ancien diplomate.

La succession de Jacob Zuma à la tête de l'ANC provoque de nombreux remous. © Themba Hadebe/AP/SIPA

Le beau côté de la médaille, c’est le combat démocratique au sein du plus vieux parti d’Afrique. Fondé en 1912, clandestin de 1960 à 1990, le Congrès national africain (ANC) en Afrique du Sud consulte régulièrement l’ensemble de ses sections pour faire émerger son équipe dirigeante. Cet exercice long donne lieu à des débats passionnés, car le vainqueur a toutes les chances de devenir par la suite le chef de l’État.

Le revers de la médaille, ce sont les nombreuses pressions exercées sur les délégués. Elle est loin, cette conférence nationale de 1991 qui s’ouvrit sur un hymne religieux, repris en chœur par la salle, y compris par les élus communistes, et porta à sa tête Nelson Mandela sans opposition. L’ANC s’est banalisé au fil des ans. On se souvient des invectives, des vociférations qui obscurcirent la conférence de Polokwane en 2007, provoquant plus tard le départ prématuré de Thabo Mbeki. Rappelons que la dernière conférence, en 2012, vit s’affronter le sommet de l’exécutif : le président Zuma et son vice-président, Kgalema Motlanthe.

Cyril Ramaphosa aborde en tête la réunion qui s’ouvre le 16 décembre. Cela ne signifie pas pour autant qu’il a encore partie gagnée. Sur les 5 240 délégués, ils sont près d’un millier à n’avoir pas fait de choix clair. Il s’écrit que des sommes d’argent leur seraient proposées pour changer de champion.

Risque de scission

L’enjeu des débats qui se dérouleront à Nasrec, dans l’immense centre d’exposition qui borde Soweto, est double : la cohésion du parti et la direction à venir du pays.

Qu’elle le veuille ou non, Nkosazana Dlamini-Zuma symbolise la « zoulouïsation » du parti

Les délégués des sections locales seront rejoints par les 80 membres du Comité exécutif national (NEC), par les représentants provinciaux et par 60 membres des trois ligues (femmes, jeunes, vétérans de la lutte armée). Sous la bannière de l’ANC, on trouve aussi des militants qui ont la double appartenance avec le Parti communiste (SACP) et avec la grande centrale syndicale (Cosatu). Cette dernière est fragilisée par le départ de plusieurs syndicats, mécontents de la politique sociale du gouvernement. Les communistes se montrent critiques à l’égard des dérives financières.

Qu’elle le veuille ou non, Nkosazana Dlamini-Zuma symbolise la « zoulouïsation » du parti, entreprise avec succès par Jacob Zuma. Sa victoire donnerait le sentiment d’une pérennisation du système actuel, accentuant le risque de scission. Jacob Zuma en est bien conscient, qui a invité à dîner les sept aspirants à la présidence et fait diffuser les images des convives hilares.

Formation attrape-tout

Dans l’histoire de l’ANC, on privilégie le passage par la vice-présidence pour atteindre ensuite le sommet. Ramaphosa l’a bien compris : il joue de ses cinq années d’expérience pour conforter son avance. En revanche, sa candidate à la vice-présidence, Naledi Pandor, n’a pas percé auprès des militants. La bataille se joue là au sein de la génération suivante. Lindiwe Sisulu, fille de Walter Sisulu, l’ami intime de Mandela, ferraille contre David Mabuza, l’ambitieux Premier ministre du Mpumalanga, avec en embuscade Zweli Mkhize, le trésorier du parti.

John Parkin/AP/SIPA

L’ANC peut-il rester indéfiniment cette formation attrape-tout où cohabitent jeunes pousses libérales et communistes, barons locaux et arrivistes de tout poil ? Une clarification politique s’impose. Constatons toutefois qu’en dépit du scrutin proportionnel les mouvements sécessionnistes n’ont pas gravement affecté, à ce jour, la suprématie du parti.

Enfin, l’équipe qui sortira vainqueur le 20 décembre devra batailler ferme aux élections législatives de 2019. L’ANC, qui l’a toujours emporté avec plus de 60 % des suffrages, vient de connaître un revers aux dernières élections municipales, perdant quelques grandes villes. Mais avec un peu moins de 55 % des voix, le « parti de Mandela » conserve encore un matelas d’approbation enviable.

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