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"Cet article est issu du dossier" «Côte d'Ivoire : la présidentielle de 2020, c'est déjà demain»

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Côte d’Ivoire : « Union, discipline, travail », les maîtres mots de l’émergence

par

Sociologue et essayiste ivoirien, ancien fonctionnaire international. Emmanuel Yao N'GORAN a fait toute sa carrière au sein des Nations unies, où il a travaillé pendant plus de trente ans (de 1982 jusqu'en 2013) en tant que spécialiste des affaires sociales, notamment auprès du secrétariat et au sein de la division du Développement social de l'ONU.

Dans le quartier du Plateau, à Abidjan, en avril 2015. © Guillaume Binet / MYOP pour JA

Emmanuel Yao N'goran, sociologue et essayiste, ancien fonctionnaire international (ONU) appelle à un retour aux fondamentaux en Côte d'Ivoire pour permettre un vrai décollage économique.

Pris individuellement et collectivement, les trois mots « union, discipline, travail », qui font la devise de notre pays, sont des principes d’action, des programmes et des fondations, sur lesquels la nouvelle société ivoirienne devrait se construire pour amorcer sa renaissance.

Or, depuis des années, les éléments de ce triptyque, valeurs charnières de la nation, ont été galvaudés, mésestimés et presque abandonnés. Ils ont été sujets d’incantations, ont donné lieu à des proclamations, sans réelle prise sur les actions engagées dans notre pays pour y créer un élan de rassemblement, d’organisation et de création de richesses.

Travailler tous ensemble

Parce que nous n’avons pas su nous unir pour gagner ensemble de nouvelles batailles de progrès et de développement, nous avons installé notre pays dans des chicanes politiques sans fin. Nos divisions nous ont plongés dans des abysses de désolation, et, dans l’indiscipline, la confusion, l’égoïsme, nous avons laissé s’installer dans notre pays la haine de certains de ses filles et fils les uns envers les autres. Nous avons arrêté de travailler pour laisser éclore la division et l’indiscipline.

Parce que nous n’avons pas su nous unir, nous avons laissé le mur se lézarder

Cependant, nous avons continué de chanter, et, à défaut de le faire à l’unisson, de proclamer l’union pour marquer notre quête de rassemblement. Nous avons clamé que nous travaillions, alors que tout en nous sonne l’abandon du labeur de la construction ! Nous avons été plus prompts à nous mettre en quête du fruit du travail que du travail lui-même. Comme la cigale nous avons chanté plutôt que de travailler avec abnégation et ardeur pour nous engager vers des horizons prometteurs de progrès et de prospérité.

Parce que nous n’avons pas su nous unir, nous avons laissé le mur se lézarder jusqu’à permettre à la haine de faire son lit en notre sein. Notre pays a marché sur la tête, pris dans la violence d’une guerre fratricide qui a consumé nombre de nos frères et sœurs et laissé des plaies béantes dans la conscience publique de la nation ivoirienne… en nous éloignant de l’union. Parce que nous n’avons su nous unir, nous courons aujourd’hui derrière une réconciliation que nous avons de la peine à saisir.

L’Union fait la force

Indisciplinés, nous l’avons été et le sommes encore. Nous avons laissé nos pulsions prendre la place de la raison dans la résolution de nos différends. Dans l’impatience, nous avons privilégié nos intérêts (individuels ou de clan) aux intérêts de notre pays, de la collectivité, de toutes ses filles et de tous ses fils, quels que soient leurs horizons culturels divers. Et cette indiscipline continue de nous « réguler », sur nos routes, dans les espaces publics ou, même, vis‑à-vis de nos devoirs.

Le travail, dans l’union et la discipline, de toutes les Ivoiriennes et de tous les Ivoiriens nous permettra de reconstruire notre pays

Réapprenons la pratique de la discipline, individuellement et collectivement, pour que la Côte d’Ivoire retrouve pleinement le chemin du progrès et du développement. Si nous le voulons et si nous nous attelons à faire les sacrifices que cela requiert, l’union et la discipline de nos énergies, de nos génies et de nos talents se réaliseront pleinement et largement dans le travail productif, en vue de bâtir la patrie de la vraie fraternité !

Il n’y a que le travail ardu, l’ennoblissant labeur, pour nous porter vers les sommets de ­l’autoréalisation. Il n’y a que la convergence de nos forces pour donner de l’élan au ­développement de notre pays, au bénéfice de tous. Le travail, dans l’union et la discipline, de toutes les Ivoiriennes et de tous les Ivoiriens nous permettra de reconstruire notre pays. C’est la voie royale pour que la patrie des Éléphants s’inscrive à nouveau dans la dignité et la gloire où Félix Houphouët-Boigny l’avait inscrite le 7 août 1960.

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