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Cet article est issu du dossier «Finance : pourquoi les banques internationales revoient leurs ambitions à la baisse en Afrique ?»

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Banques : l’opportunité nationale

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Frédéric Maury est directeur éditorial à Jeune Afrique Media Group. Auparavant rédacteur en chef du pôle économie de Jeune Afrique, il pilote les programmes et contenus éditoriaux du pôle conférences, notamment ceux du Africa CEO Forum.

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Le rachat de Diamond Bank SA par la famille de Jean Kacou Diagou, est l'illustration de la montée en puissance des entrepreneurs nationaux africains dans le secteur bancaire. © Kaizenify by Wikimedia Commons

Alors que les banques internationales lèvent le pied ou se désengagent du continent, les entrepreneurs locaux montent en puissance dans le secteur bancaire.

Au moment même où les banques internationales lèvent le pied en Afrique, quand elles ne se désengagent pas tout simplement, un autre phénomène silencieux se produit : la montée en puissance d’entrepreneurs locaux dans le secteur bancaire.

Le rachat, finalisé le 24 novembre, de Diamond Bank SA (présent dans quatre pays francophones) par la famille de Jean Kacou Diagou en est un signe concret. Tout comme la prise de contrôle de la Banque de l’habitat du Burkina Faso par Mahamadou Bonkoungou ou la création de Wendkuni Bank International par Apollinaire Compaoré. La rentabilité plus qu’honorable des banques en Afrique (avec, dans certaines régions, une rentabilité des fonds propres de plus de 15 %) explique en grande partie des ambitions qui ne devraient pas se tarir dans les prochaines années, alimentées par le retrait des banques internationales et les probables réallocations d’actifs au sein des banques panafricaines.

Aucun secteur bancaire au monde n’est aussi outrageusement dominé par des acteurs étrangers

Faut-il s’en réjouir ? D’un point de vue économique, sans doute : comme le prouve l’exemple d’Idrissa Nassa avec Coris Bank International, les banques locales sont plus enclines à prendre des risques, à innover et à prêter. Aucun secteur bancaire au monde n’est aussi outrageusement dominé par des acteurs étrangers que ne l’est encore la banque de détail en Afrique subsaharienne, francophone notamment : dans l’Uemoa, 55 % des actifs sont contrôlés par des groupes étrangers à la zone.

D’un point de vue bancaire, le risque est connu : le métier de banquier requiert un haut niveau de gouvernance et de respect des règles, dont certains entrepreneurs locaux manquent parfois dans leurs activités traditionnelles et sur lesquels les banquiers centraux devront redoubler d’attention.

Le continent compte de plus en plus de succès bancaires nés de l’initiative d’entrepreneurs nationaux

S’il est difficile aujourd’hui de dire clairement ce qui sortira de ces nouvelles aventures bancaires, on peut ici formuler un vœu : que les banques internationales qui se retirent d’Afrique, comme Barclays hier ou BPCE demain, décident de s’associer pour une période transitoire avec des entrepreneurs locaux, plutôt que de vendre à d’hypothétiques investisseurs étrangers en quête de diversification.

De Coris à Equity Bank en passant par BMCE Bank of Africa ou la Biat, le continent compte de plus en plus de succès bancaires nés de l’initiative d’entrepreneurs nationaux. Ils sont sans doute les mieux placés pour aider enfin le continent dans son programme d’inclusion financière.

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