Guerre des lobbies en Tunisie : les intermédiaires de poids

Des Tunisiens font la queue en 2014 pour aller voter. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Pas toujours aux postes les plus puissants au sein du pouvoir, ils sont nombreux à exercer une influence non négligeable sur la vie politique tunisienne de part leur position, leur caractère leur réseau ou leur héritage.

  • Mohamed Ghariani, 55 ans, El-Moubadara

    Mohamed Ghariani fut le denier secrétaire général du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) dissous en 2012. © Hichem

Dernier secrétaire général du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), parti de Ben Ali, avant sa dissolution, en 2012, il a fait des rapprochements politiques sa spécialité. Il avait notamment contribué à l’ouverture de canaux de discussion entre Ben Ali et les islamistes. Après avoir approché Nidaa Tounes, il a rejoint El-Moubadara, de Kamel Morjane, où il a plus de marge de manœuvre. Il travaille toujours à une entente entre ex-RCD et islamistes, et demeure une voie d’accès à l’administration.

  • Mohamed Ali Toumi, 43 ans, Al Badil

Mohamed Ali Toumi, s’appuie sur un carnet d’adresses fourni pour développer les réseaux d’un parti qu’il a contribué à inscrire dans le paysage politique

Président de la Fédération tunisienne des agences de voyages (FTAV), il aspirait à être ministre du Tourisme en 2014. Il ne sera pas désigné par Mehdi Jomâa, avec lequel il a cependant noué une solide amitié. Bien que ne faisant pas partie des technocrates dont Jomâa s’est entouré, Toumi n’en devient pas moins porte-parole du parti Al Badil, fondé par l’ancien chef du gouvernement. Cet homme éloquent s’appuie sur un carnet d’adresses fourni pour développer les réseaux d’un parti qu’il a contribué à inscrire dans le paysage politique à travers de multiples prises de position médiatiques.

  • Riadh Ben Fadhl, 57 ans, Front populaire

Riadh Ben Fadhi est publicitaire, journalise et directeur de publication de l’édition arabe du mensuel, Le Monde Diplomatique. © Hichem

Publicitaire, journaliste et directeur de publication de l’édition arabe du mensuel Le Monde diplomatique, il est aussi le fondateur du Pôle démocratique moderniste (PDM, ou El-Qotb), qui a rejoint le Front populaire en 2013. Depuis, il est le cicérone de Hamma Hammami, porte-parole du Front populaire, dont il a orchestré la communication lors de la campagne présidentielle de 2014.

Il a contribué à donner une nouvelle image du parti et de son leader, et œuvré à des rencontres à l’étranger, notamment avec Alexis Tsipras, ex-Premier ministre grec, ou Jean-Luc Mélenchon, fondateur du mouvement La France insoumise.

  • Radhouane Masmoudi, 54 ans, Ennahdha

Radhouane Masmoudi, est la cheville ouvrière des contacts entre l’administration américaine et les islamistes d’Ennahdha. © Hichem

Installé aux États-Unis depuis plus de trente ans, il est la cheville ouvrière des contacts entre l’administration américaine et les islamistes d’Ennahdha. Fondateur et directeur du Centre d’études sur l’islam et la démocratie (CEID), financé par le département d’État, il est à l’origine des conférences et visites qui ont donné de la visibilité aux dirigeants d’Ennahdha aux États-Unis.

Avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, l’entregent de ce fidèle de Rached Ghannouchi, leader d’Ennahdha, a diminué, même s’il est toujours proche du sénateur républicain John McCain.

  • Raouf Khamassi, 66 ans, Nidaa Tounes

Raouf Khamassi tirer les ficelles au sein de Nidaa Tounes

Membre du comité politique de Nidaa Tounes, cet homme d’affaires germano-tunisien, qui a effectué l’essentiel de son parcours professionnel en Allemagne, était un proche collaborateur de Sakhr el-Materi, gendre de Ben Ali. Partisan d’une alliance « islamo-­destourienne », il est le mentor de Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif de Nidaa Tounes, qu’il côtoie depuis les années 1980. Sa position lui permet de tirer les ficelles au sein du parti ; il a poussé au départ certains de ses fondateurs, tels que Ridha Belhaj, et assuré la promotion d’anciens du sérail de Ben Ali, dont Adel Jarboui, secrétaire d’État chargé de l’Immigration et des Tunisiens à l’étranger.

  • Borhene Bsaies 55 ans, Nidaa Tounes

Redoutable débatteur, qui ne se cache pas de monnayer ses services, Borhene Bsaies est aujourd’hui chargé des affaires politiques à Nidaa Tounes.

Ancien professeur d’éducation civique dans le secondaire, il fut l’un des laudateurs de Ben Ali. Après un passage à vide, il a rebondi en tant que lobbyiste au service de Slim Riahi, fondateur de l’Union patriotique libre (UPL), rejoint Nabil Karoui au titre de directeur de la communication de Nessma TV avant de passer à Attessia TV et à Cap FM. Ce redoutable débatteur, qui ne se cache pas de monnayer ses services, est aujourd’hui chargé des affaires politiques à Nidaa Tounes.

  • Moncef Cheikhrouhou, 72 ans, Alliance démocratique

Ingénieur et économiste de formation, il a dirigé diverses institutions financières et enseigné aux États-Unis et en France. Héritier du groupe de presse Assabah, il avait été élu député à la Constituante sous la bannière du Parti démocrate progressiste (PDP), devenu El-Joumhouri. Il quittera cette formation pour cofonder l’Alliance démocratique, laquelle a bénéficié, jusqu’à sa fusion en octobre 2017 avec le Courant démocrate, de son expertise économique et de son réseau à l’international.

  • Iyed Dahmani, 40 ans, ancien membre d’El-Joumhouri

Iyed Dahmani est un ancien membre du parti Al Joumhouri. © M.Rais by Wikimedia Commons

Après avoir été député à la Constituante, il sera l’unique élu d’El-Joumhouri à l’Assemblée, en 2014, mais il vient de mettre fin à un parcours de dix ans au sein du parti qui l’a vu gravir ses premiers échelons. Ministre chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, il est aujourd’hui un inconditionnel de Youssef Chahed, dont il est un proche conseiller et sur lequel il a tout misé pour poursuivre son ascension politique.

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