Françafrique : Macron marque une rupture sur la forme, mais sur le fond ?

Emmanuel Macron à Ouagadougou, le 28 novembe 2017. © Ahmed Yempabou Ouoba/AP/SIPA

Face aux étudiants burkinabè, le président français Emmanuel Macron s’est présenté comme le représentant d’une nouvelle génération en rupture avec la Françafrique. Mais, comme ses prédécesseurs, il a fait de belles promesses difficiles à tenir…

Il avait minutieusement travaillé son discours avec ses équipes du Conseil présidentiel pour l’Afrique. Debout derrière son pupitre de l’amphithéâtre central de l’université Ouaga 1, entièrement rénové pour l’occasion, le président français a joué les séducteurs.

Face à 800 étudiants triés sur le volet et biberonnés aux thèses anti-­impérialistes de Sankara, Emmanuel Macron n’a pas manqué de citer l’ancien président du Faso, puis d’égrener quelques références, comme l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma ou le cinéaste sénégalais Ousmane Sembène. D’emblée, il a voulu incarner la rupture en affirmant que la France n’avait « plus de politique africaine ».

Une posture déjà campée à maintes reprises par ses prédécesseurs et qui peut prêter à sourire, l’intéressé ayant ensuite esquissé, pendant près de trois heures, les grandes lignes de sa stratégie sur le continent.

Qualités d’orateur

Sur la forme, pas de doute : il y a bien eu des changements. Sans surprise, Macron a repris certaines des recettes qui l’ont propulsé en mai à l’Élysée. Un style décontracté, franc et direct, frôlant parfois l’arrogance et l’irrespect.

Tous sont nés après les indépendances et ne supportent plus le paternalisme néocolonial de Paris à l’égard de leurs pays

Bon orateur, il s’est surtout dévoilé dans une séquence inédite de questions-réponses musclées entre un président français et des étudiants africains. Burkinabè, ces derniers auraient pu être Sénégalais, Ivoiriens ou Gabonais que cela n’aurait rien changé : tous sont nés après les indépendances et ne supportent plus le paternalisme néocolonial de Paris à l’égard de leurs pays.

Face à ces jeunes décomplexés et bravaches, qui n’ont pas hésité à l’interroger sur l’élimination de Mouammar Kadhafi, le franc CFA ou encore la forte présence militaire française sur le continent, Macron ne s’est pas défilé et a répondu du tac au tac.

Multiples promesses

Il a tenté de les convaincre en insistant sur le fait que lui, comme eux, faisait partie d’une nouvelle génération, celle qui n’a « jamais connu » la colonisation et qui souhaite tourner la page de la Françafrique – terme qu’il a d’ailleurs soigneusement évité tout au long de son intervention. « Je suis d’une génération où on ne vient pas dire à l’Afrique ce qu’elle doit faire », a-t-il poursuivi. Pour cette première tournée africaine, qui l’a ensuite mené à Abidjan pour le sommet UA-UE et à Accra, les questions de démocratie et de gouvernance ont ainsi été mises de côté.

Macron est aussi venu avec son catalogue de promesse dont on a pour certaines du mal à voir comment elles pourront être tenues

Ce discours de non-ingérence, quand bien même dissimulé derrière l’argument générationnel, n’a rien de novateur. Jacques Chirac en fut le chantre en son temps, tout comme François Hollande plus récemment.

Comme eux avant lui, Macron est aussi venu avec son catalogue de promesses, dont on a pour certaines du mal à voir comment elles pourront être tenues : allongement des visas pour les étudiants africains diplômés en France, augmentation du montant de l’aide publique au développement à 0,55 % du PIB, création d’une « task force » conjointe Union européenne-Union africaine pour mettre un terme au trafic et à la traite des migrants subsahariens en Libye…

La jeunesse africaine peu convaincue

Mais les « jeunes » du continent et leurs aînés ne sont pas dupes. « La confiance, c’est comme un timbre, ça ne colle pas deux fois… », a d’ailleurs rappelé une étudiante. Voilà des années qu’ils entendent les mêmes discours dans la bouche des présidents français. Ils attendent maintenant des actes, mais surtout un vrai renouvellement des relations entre l’ex-colon et les pays de son ancien pré carré.

À Ouagadougou, l’euphorie est retombée, et la vie a repris son cours. Les écoliers sont retournés à l’école. Et les étudiants, eux, ont retrouvé leur amphi sans climatisation.

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