Cinéma – « C’est tout pour moi » : Nawell Madani, la princesse au melon

C’est tout pour moi, de Nawell Madani, sortie le 29 novembre. ©

L’humoriste Nawell Madani raconte le parcours de Nawell Madani dans un film coréalisé et coscénarisé par Nawell Madani, « C’est tout pour moi ». Elle y incarne le premier rôle…

« Comme le feeling n’est pas passé, je pense que ce serait mieux de ne pas faire d’article. » Le coup de fil paniqué de l’attachée de presse de Nawell Madani après un entretien relativement tendu nous a donné à réfléchir… Plutôt que la bienveillante critique que nous nous apprêtions à écrire sur son long-métrage, C’est tout pour moi, nous vous proposons un conte réaliste et enjoué, qui, nous l’espérons, fera sourire. Toute ressemblance avec une personne réelle serait évidemment purement fortuite.

Son « one-meuf-show »

Permettez donc que l’on vous conte l’histoire d’une princesse jeune et belge qui voulait faire un film. À sa naissance, trois fées venues d’Oran, comme ses parents, s’étaient penchées sur son berceau. La première lui offrit le don d’étouffer de rire son auditoire avec ou sans makrout. La deuxième lui attribua une belle présence scénique et la capacité de mouvoir avec grâce sa sublime anatomie. La dernière se gratta la tête. Qu’offrir de plus à celle qui avait déjà tout ? Comme elle venait de faire le plein de légumes au marché du Midi, à Bruxelles, elle sortit de son cabas un formidable melon, bien juteux, qu’elle déposa près du couffin.

Ainsi grandit la petite. Dans son milieu modeste, ses parents travaillaient jour et nuit pour offrir le meilleur à leur progéniture. Son humour la protégea de l’adversité : le cuir chevelu brûlé au second degré, elle devait faire face à la cruauté de ses petits camarades. Et c’est par la danse qu’elle tenta de réussir à Paris… même si sa maman et surtout son papa voyaient son projet d’un mauvais œil et auraient préféré la renvoyer au bled « faire du moonwalk sur un cactus ».

Miroir

Las ! Dans la capitale du royaume voisin, la princesse rencontra surtout des directeurs artistiques libidineux plus tentés par le branle et la pavane que par les danses sérieuses. Pour prouver à ses parents qu’elle avait bien du talent et pouvoir se dire devant son miroir, son beau miroir, qu’elle était bien la plus belle, restait la possibilité de miser sur son humour et de monter son propre « one-meuf-show ».

Une ode à elle-même

D’un indéniable talent, princesse se fit vite repérer… mais pénétra un milieu dominé par des hommes qui se comportaient moins en princes charmants qu’en vilains crapauds. Au Jamel Comedy Club, tremplin de troubadours en herbe, on lui vola ses blagues, on lui dit qu’elle n’était point drôle et qu’elle devait abréger ses prestations. Affolée, princesse découvrit un effroyable « monde plein d’ego » qu’elle décida de décrire dans un film qu’elle coscénariserait, coréaliserait et où elle jouerait le rôle principal.

Rejouant plus ou moins sa propre vie, elle y incarna donc à 30 ans passés une jeune fille de 20 ans, car les princesses, c’est connu, ne vieillissent pas. L’œuvre, citant de nombreux films (Rocky, Billy Elliot, Flashdance…), bien rythmée, se laissait regarder. Même si certaines blagues sur les Noirs sarrasins (« On vous loue un appart, une semaine après vous êtes douze dedans ») faisaient virer le conte de fées en conte de fafs. Et que l’artiste y tricotait tranquillement une ode à elle-même et à son ascension.

C’est que la plante potagère qu’on lui avait offerte bébé n’avait cessé de grossir chez la princesse, incapable de se mirer dans d’autres miroirs que ceux qui l’avantageaient. Gageons qu’avec ses prochains projets (un biopic sur Diam’s, du stand-up sur les scènes américaines) le melon se changera en carrosse en partance vers la gloire tant espérée.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici