Esclavage en Libye : Nima Elbagir, l’œil aux aguets

La reporter à Londres lors d’une soirée caritative, en 2012. © Danny Martindale/WireImage/Getty

Cette journaliste soudanaise de CNN a créé l’émoi international avec sa vidéo de la vente aux enchères de migrants africains en Libye.

« Douze Nigérians ont été vendus devant nous. Cela s’est passé très vite… Je ne sais pas quoi dire. C’est sans doute la chose la plus incroyable que j’aie jamais vue. » Dans la nuit libyenne, éclairé à la seule lumière de sa caméra, le visage de Nima Elbagir apparaît.

Dos à un mur, elle chuchote. « 700, 800 dinars libyens… Ils s’achètent pour 400 dollars. » En 6 minutes 50 d’images chocs, cette journaliste de CNN vient de prouver que des Africains en route vers l’Europe étaient vendus aux enchères sur des marchés libyens. Diffusé le 14 novembre sur la chaîne américaine, ce reportage provoque immédiatement un émoi international.

Rompue aux terrains dangereux, Nima Elbagir arpente l’Afrique et le Moyen-Orient depuis quinze ans. Cette Soudanaise de 39 ans née à Khartoum commence sa carrière en 2002, lorsqu’elle décide de retourner dans son pays natal pour couvrir la guerre du Darfour pour l’agence Reuters. Elle devient ensuite correspondante en Afghanistan, mais revient vite sur le continent africain.

Travailler dans les zones de conflits

En 2007, elle est la seule journaliste d’un média occidental à se rendre en Somalie lorsque débutent les bombardements de l’armée américaine. Elle se rend ensuite en RD Congo, en Centrafrique, au Soudan du Sud ou encore au Nigeria, où, en 2014, elle part enquêter sur l’enlèvement des lycéennes de Chibok. Elle a également couvert la chute de Hosni Moubarak en Égypte, interviewé la veuve de Mouammar Kadhafi. Nima Elbagir n’a pas froid aux yeux et a de qui tenir.

Très jeune, elle a vu son père – journaliste lui aussi et fondateur du quotidien El Khartoum – emprisonné, intimidé, censuré au Soudan, et même contraint à l’exil. C’est donc en Angleterre que Nima Elbagir a passé une partie de son enfance.

Diplômée de la London School of Economics, elle maîtrise aussi bien l’anglais que l’arabe. Une double culture qu’elle revendique. « Je me sens presque partout chez moi et je peux me fondre dans de nombreux endroits. Je sais que je ne ressemble ni à une journaliste de CNN ni à une Soudanaise. Je profite de ces zones grises », confiait-elle à The Observer.

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