Mines

Guinée : EGA accélère pour extraire de la bauxite dès 2019

GAC utilisera la même ligne ferroviaire que CBG (photo) pour transporter son minerai. © Jean Claude MOSCHETTI/REA

À rebours des autres producteurs mondiaux, Emirates Global Aluminium (EGA) a choisi d’exploiter son propre site pour sécuriser l’approvisionnement de sa future raffinerie dubaïote.

À Kamsar, cité portuaire et industrielle, dans la région de Boké dans le nord-ouest de la Guinée, les va-et-vient incessants des bennes et autres tractopelles campent le décor du site en pleine construction de la Guinea Alumina Corporation (GAC), filiale guinéenne d’Emirates Global Aluminium (EGA), un consortium formé par Dubai Aluminium et Emirates Aluminium, cinquième groupe mondial du secteur.

Ici, des travaux titanesques réalisés par China Harbour Engineering Company (CHEC) naîtra un port minéralier d’où seront convoyées les 12 millions de tonnes de bauxite qui seront extraites de la mine de Sangaredi, située à quelque cent kilomètres plus à l’est, et dont les travaux d’aménagement ont été confiés au français Bouygues Construction.

Le gisement contiendrait des réserves de bauxite supérieures à 1,3 milliard de tonnes

Selon les documents publiés par le gouvernement guinéen, le gisement contiendrait des réserves de bauxite supérieures à 1,3 milliard de tonnes. Le projet comprend aussi un important volet logistique, qui porte notamment sur le renforcement des installations ferroviaires déjà utilisées par la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG, détenue par l’État et le consortium Halco Mining, qui regroupe Rio Tinto Alcan, Alcoa et Dadco).

Limiter le retard

Construire toutes les infrastructures qui permettront d’exploiter la mine va nécessiter plus de 1,3 milliard de dollars (environ 1,1 milliard d’euros) d’investissement, indique Aïssata Beavogui Diallo, directrice générale de la GAC. Le premier chargement de bauxite à destination de l’Asie doit être livré à la mi-2019. L’entrée en production était initialement prévue en 2017. L’affaire est sensible, et GAC refuse de commenter la situation actuelle. Tout juste la compagnie reconnaît-elle travailler actuellement d’arrache-pied pour limiter le retard.

C’est pour rompre cette dépendance vis-à-vis du marché international que la mine de Sangaredi a été acquise

Pour EGA, l’acquisition en 2013 de cette concession de vingt-cinq ans, renouvelable une fois, répond à une stratégie de sécurisation de sa chaîne d’approvisionnement en amont. « Auparavant, Dubaï et Abou Dhabi allaient sur le marché international pour acheter de l’alumine auprès des industries détentrices de raffineries dans le secteur, avant de revenir la fondre en aluminium à Dubaï. C’est donc pour rompre cette dépendance vis-à-vis du marché international que la mine de Sangaredi a été acquise », analyse Aïssata Beavogui Diallo.

14 000 emplois directs et indirects

Toutefois, une partie des besoins en bauxite d’EGA continuera de provenir du marché international. Mais ce n’est pas tout, car l’opérateur émirati est résolu à aller plus loin dans sa stratégie de maîtrise des approvisionnements à travers le projet de construction, au sein de son complexe de Kamsar, d’une usine chargée de raffiner la bauxite en alumine, première étape avant sa transformation en aluminium.

Le projet, initialement estimé à 4 milliards de dollars, est inclus dans la phase 2 de la convention scellée en 2014 entre EGA et l’État guinéen. Au total, le projet devrait créer 14 000 emplois directs et indirects. Ne risque-t-on pas d’assister à un probable report, comme ce fut le cas il y a quelques années ? La patronne de la filiale guinéenne est catégorique sur l’engagement pris avec Conakry pour concrétiser ce projet de raffinerie dont les études de faisabilité sont en cours depuis l’année dernière. Cela déterminera la durée des travaux de construction.

« Nous sommes en train d’examiner divers points liés aux procédés chimiques, car la transformation de la bauxite en alumine demande l’acquisition de brevets. Se pose également la question de la disponibilité de l’électricité, car le raffinage du minerai est une opération très gourmande en énergie », détaille Aïssata Beavogui Diallo.

Une centrale hydroélectrique à Kaleta

Pour anticiper les énormes besoins de ce type d’infrastructure, le gouvernement guinéen s’est déjà fait construire une centrale hydroélectrique à Kaleta (240 MW) et en réalise une autre d’une puissance de 550 MW à Souapiti. Complémentaire de celle de Kaleta, la centrale de Souapiti, qui sera partiellement mise service à la fin de 2019, devra permettre au pays de combler son déficit énergétique et même d’exporter l’excédent chez ses voisins.

Ces réalisations répondent à la volonté des autorités de transformer sur place une partie des ressources minérales du pays

Ces réalisations répondent à la volonté des autorités de transformer sur place une partie des ressources minérales du pays. EGA, qui multiplie les investissements, est en train de se construire une autre raffinerie à Dubaï dont l’achèvement des travaux est prévu l’année prochaine.

Rebond du prix de la bauxite

Si une partie des 12 millions de tonnes de bauxite tirées de la mine de Sangaredi doit servir à approvisionner cette future raffinerie, le reste sera dans l’immédiat commercialisé – de gré à gré – sur les marchés internationaux. L’opérateur émirati, qui semble ragaillardi par le rebond du prix de la bauxite (plus de 50 dollars la tonne depuis 2014), a pris le chemin inverse de celui emprunté depuis quelques années par la plupart des géants de l’aluminium.

« Avant, la plupart des grands groupes d’aluminium – occidentaux, moyen-orientaux et chinois – détenaient leurs propres gisements. Désormais, ils sont plus nombreux à acheter à des tiers », analysait en 2016, pour Jeune Afrique, le Français Romain Girbal, président d’Alliance minière responsable (AMR), qui développe également un projet dans la région de Boké.


EGA, maison mère de GAC, est le 5e producteur mondial d’aluminium.
Ses principaux clients se trouvent en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Europe et en Amérique

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