Maroc : Saad Lamjarred populaire malgré tout

Lors du 52e Festival international de Carthage, le 30 juillet 2016, à Tunis. © MOHAMMED HAMM/SIPA

Poursuivi en France pour « viol et violences aggravées », le chanteur marocain, qui a bénéficié d’une liberté provisoire, est plus que jamais soutenu par son public.

Plus d’un an après sa mise en examen pour viol à Paris, Saad Lamjarred n’en finit pas de déchaîner les passions. La pop star marocaine n’a jamais été aussi populaire sur les réseaux sociaux : un profil Instagram de 5,4 millions de fans, une page Facebook qui en compte environ 3 millions et une chaîne YouTube qui aligne des centaines de millions de vues.

Ses fans commentent par milliers toutes les photos qu’il publie et qui sont systématiquement accompagnées par le hashtag « vive le roi ». Il y enchaîne les poses lascives et les sourires suggestifs à faire chavirer le cœur des demoiselles…

Même si son affaire est toujours en cours d’instruction judiciaire – il a bénéficié d’une liberté provisoire en avril mais a été interdit de quitter le territoire français dans l’attente de son procès –, le chanteur de 32 ans continue de faire son show.

Accusé de viol

Le 25 novembre, il a carrément fait la une d’un magazine people au Maroc, Version Homme, où il s’est posé en victime, déclarant avoir « pensé au suicide en prison ». Mais à aucun moment il n’a évoqué les raisons de son arrestation. Sur Facebook, des Marocains indignés ont condamné cette apparition, qui « normalise la culture du viol », mais force est de constater qu’ils étaient minoritaires face à l’armée de fans qui défend bec et ongles la rock star

Pourtant, les accusations qui pèsent sur lui sont graves. Saad Lamjarred est poursuivi pour « viol et violences aggravées » à l’encontre d’une jeune Française de 21 ans. Le 12 novembre, dans une vidéo postée sur YouTube, Laura Prioul est sortie de son silence pour raconter sa version des faits sur cette fameuse nuit du 26 octobre 2016 où elle dit avoir été « frappée et violée deux fois ». Elle était en boîte de nuit avec lui, il était « drôle » et « très gentil ».

Traumatisme

À sa demande, elle l’aurait accompagné dans sa chambre d’hôtel sur les Champs-Élysées. Des amis à lui devaient les rejoindre. Il aurait voulu l’embrasser. Elle se serait laissé faire une première fois avant de dérober son visage pour marquer sa désapprobation. Soudain, « le gentil garçon » se serait transformé en « monstre », aurait commencé à la frapper, puis l’aurait violée avant de se confondre en excuses. Elle serait parvenue à s’échapper et à se réfugier auprès du personnel de l’hôtel, qui a alerté la police.

« Depuis la mise en ligne de cette vidéo, nous avons reçu des milliers de messages de soutien », déclare à Jeune Afrique la mère de Laura Prioul, Olga Cohard. Pour répondre à nos questions, la maman a préféré échanger par courriel car sa fille est encore « très fragilisée » et veut « laisser la justice faire son travail ». Sa première déclaration, elle l’a accordée au New York Times le 27 novembre, qui a publié un article exhaustif sur cette affaire.

Ce n’est pas la première fois

« Depuis ce qui lui est arrivé, ma fille vit dans la peur d’être reconnue », confie Olga Cohard. Laura vient de reprendre son travail dans la restauration et le tourisme, mais « doit régulièrement s’arrêter car cela lui demande un gros effort d’un point de vue psychique ». « La violence de son [présumé] agresseur a été doublée par le lynchage, les insultes et les menaces qu’elle a subis de la part de ses fans mais aussi de la presse. Il lui a fallu des mois pour pouvoir ne serait-ce que marcher seule dans la rue au milieu d’inconnus », explique sa mère à Jeune Afrique.

Applaudi par son public malgré ses déboires judiciaires, Saad Lamjarred a des antécédents qui soulèvent nombre d’interrogations. En 2010, il avait été poursuivi devant un tribunal de New York pour agression sexuelle sur une jeune Américaine qui a fini par retirer sa plainte. En février dernier, dans le sillage de l’affaire Laura Prioul, une jeune Franco-Marocaine de 28 ans a aussi porté plainte contre lui à Paris, l’accusant de l’avoir violée à Casablanca au printemps 2015.

Malgré sa popularité, celui que l’on surnomme L’maalem (« l’as ») n’en a pas fini avec la justice…

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici