Au Nigeria, l’usage du français est un marqueur social

Dans une salle de classe de Lagos, en 2005. © GEORGE OSODI/AP/SIPA

Il fut une époque, pas si lointaine, où le français était la deuxième langue officielle du Nigeria.

C’était en 1997 : le général Sani Abacha, qui avait fait pendre l’écrivain Ken Saro-Wiwa deux ans plus tôt, était en délicatesse avec le Commonwealth. Il fallait trouver de nouveaux alliés, et vite ! C’est alors qu’il eut cette idée de promettre aux Français de « donner à la langue de Molière toute la place qu’elle mérite », tout en faisant valoir que c’était logique puisque le Nigeria était entouré de pays francophones. Des milliers de professeurs béninois débarquèrent donc dans le pays pour y enseigner le français – et beaucoup s’y trouvent encore aujourd’hui.

L’anglais pour le business, le français pour rêver

Sani Abacha a aussi soutenu le développement d’un « village français », en 1991 à Badagry, dans le sud-ouest du Nigeria : un campus universitaire où les jeunes désireux d’apprendre le français pouvaient effectuer un « bain linguistique ». L’usage de toute autre langue y était interdit.

Cela fait chic de parler français, résume une étudiante à l’université de Lagos

Encore aujourd’hui, le pidgin et le yorouba sont bien plus parlés que le français, mais cette langue reste un marqueur social fort. « Cela fait chic de parler français, résume Amaka, étudiante à l’université de Lagos. Si vous le maîtrisez, cela laisse entendre que vous avez été formé dans une école d’élite. Cela vous positionne socialement. Pour le business, on a l’anglais. Mais le français continue à nous faire rêver. »

 

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