Soupçons de corruption : Cheikh Tidiane Gadio, l’entremetteur

Cheick Tidiane Gadio, alors ministre sénégalais des Affaires étrangères, en compagnie de son homologue chinois de l'époque, Li Zhaoxing, le 12 janvier 2006, à Dakar. © REBECCA BLACKWELL/AP/SIPA

L’ancien ministre des Affaires étrangères sénégalais vient d’être inculpé aux États-Unis pour une affaire de pots-de-vin. Il risque jusqu’à vingt ans de prison.

Dans le monde des affaires, un copieux carnet d’adresses peut rapporter gros… et coûter cher. Cheikh Tidiane Gadio en a fait l’amère expérience. Interpellé aux États-Unis, dont il est résident permanent, celui qui fut le ministre des Affaires étrangères d’Abdoulaye Wade de 2000 à 2009 a été inculpé, le 20 novembre, par la justice fédérale dans une sombre affaire de corruption et de blanchiment.

Ancien coordinateur pour l’Afrique occidentale d’un programme de la Banque mondiale, Cheikh Tidiane Gadio, 61 ans, a de l’entregent. Après avoir dirigé la diplomatie sénégalaise, le fondateur du Mouvement panafricain et citoyen Luy Jot Jotna (MPCL) se présente en 2012 à la présidentielle – où il ne recueille qu’un score anecdotique.

Dans la foulée, il fonde l’Institut panafricain de stratégies (IPS), un think tank censé œuvrer à « l’unité continentale ». En parallèle, il dirige un cabinet de consulting. Ce mélange des genres est en partie à l’origine de ses ennuis. Car en 2014, l’une de ses connaissances, Patrick Ho Chi-ping, le sollicite pour aider la société chinoise CEFC China Energy à obtenir des concessions au Tchad. Gadio, qui entretient des liens étroits avec Idriss Déby Itno, accepte de jouer les entremetteurs.

Transferts d’argent douteux

En novembre 2014, selon les échanges de courriers aux mains des enquêteurs, Gadio écrit à son interlocuteur pour se féliciter des résultats de son intervention. Il lui suggère au passage de remercier le président Déby Itno par « un joli package financier », évoquant la possibilité d’une donation au profit de ses « projets sociaux » ou la création d’un hôpital.

Pour l’heure, rien dans l’acte d’accusation ne démontre un quelconque échange d’argent entre la société chinoise et l’État tchadien. En revanche, les traces de deux virements de 200 000 dollars (165 000 euros) à son profit valent à Cheikh Tidiane Gadio la menace d’un procès pour violation du Foreign Corrupt Practices Act.

« Les lobbyistes pullulent aux États-Unis. Ils ont pignon sur rue, font des offres de services aussi alléchantes les unes que les autres », relativise l’ancien ministre sénégalais Amadou Tidiane Wone. Actuellement dans l’attente d’une libération sous caution, Gadio devra convaincre ses juges qu’il n’a pas franchi la ligne jaune.

 

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici