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"Cet article est issu du dossier" «Tunisie : le prix de la liberté»

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Tunisie : à la verrerie de Carthage, souffler, c’est bien joué !

par

Frida Dahmani est correspondante en Tunisie de Jeune Afrique.

Dessin Dom © Dom

Fondé en 2014, la verrerie de Carthage envisage d’étendre ses activités en Tunisie et en Europe.

Lancer un projet industriel de 3 millions de dinars (1,5 million d’euros) d’investissement en Tunisie, en 2012, en pleine période postrévolutionnaire, relevait de la gageure. C’était même un pari fou, puisque ledit projet portait sur une manufacture d’objets en verre soufflé, jusqu’alors fabriqués uniquement dans des ateliers artisanaux, et que son promoteur était, certes, un spécialiste du verre, mais du verre mécanique.

Pourtant, à 38 ans, licencié de l’usine qui l’employait, Khaled Azaiez a décidé de souffler et de le faire pour son propre compte, persuadé que son idée allait marcher. Il a monté son business plan et convaincu des investisseurs. Et, en 2014, la première unité industrielle de verre soufflé du pays est entrée en production à Soliman, sa ville natale, sur la rive sud du golfe de Tunis. En hommage aux origines phéniciennes de son art, Khaled Azaiez a appelé sa fabrique Verrerie de Carthage et a donné à son premier four le nom de la princesse Didon.

Quatre ans plus tard, l’engin tourne à plein régime sept jours sur sept, la manufacture emploie 40 ouvriers, son carnet de commandes est rempli, et son heureux PDG vient d’ouvrir un showroom à Carthage-Byrsa, sur les terres mêmes de Didon. Objets pour les arts de la table ou pièces de décoration, opalisés ou craquelés dans la masse, en blanc, rouge, bleu, vert, rose, jaune ou multicolores, les créations de Khaled Azaiez s’y exposent tels des bijoux, jouant avec les textures et les nuances de verre.

De le Tunisie à l’étranger

Car si le maître-verrier a misé sur des capacités de production bien supérieures à celles des ateliers artisanaux, il a également voulu positionner sa marque sur le créneau de l’art contemporain et du haut de gamme. La haute couture du verre soufflé en quelque sorte, avec une large déclinaison de modèles, mais réalisés en séries limitées, voire en exemplaires uniques.

Tout aussi unique, la forte personnalité de Khaled Azaiez a largement contribué au succès de l’entreprise. Désormais, il veut créer et produire plus, et a investi dans trois nouveaux fours. Reste que, depuis la fermeture du Centre de formation aux arts du feu de Nabeul, en 2011, il est difficile de trouver des artisans qualifiés.

Qu’à cela ne tienne, la verrerie a ouvert le métier aux femmes et forme désormais elle-même ses employés. Un coût supplémentaire que le patron estime payant et qui lui permet de franchir un cap. Après avoir convaincu les grands hôtels et restaurants de la région du symbole, de l’élégance et de la solidité de ses produits, le maître-verrier s’attaque au marché européen. Début 2018, ses créations brilleront sur les rayons du célèbre magasin Harrods, à Londres, ainsi que sur les présentoirs de deux grandes enseignes parisiennes.

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