Tunisie : l’avenir leur appartient

A Tunis, en Tunisie, en mars 2015. © Christophe Ena/AP/SIPA

Ni désenchantée ni enchantée, la génération des 25-35 ans est avide de vivre mieux. Diplômés en quête d’emploi, conseillers en stratégie politique ou culturelle, ils sont bien résolus à changer le pays.

« Quand, début octobre, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique Slim Khalbous a, non sans froideur, invité les doctorants à se rapprocher du monde de l’entreprise pour trouver du travail ailleurs qu’à l’université, j’ai failli baisser les bras et j’ai envisagé de partir », raconte Amina, 26 ans, qui prépare une thèse en préhistoire – une matière en voie d’extinction dans les facultés, faute d’enseignants.

Elle sait que, cette année, 60 % des 5 484 doctorants n’ont pas trouvé d’emploi et s’insurge contre un État auquel elle faisait confiance. « Nous sommes victimes du manque de projection vers l’avenir de nos dirigeants ! s’enflamme-t‑elle. Je ne gère ni les politiques publiques ni la prospective, mais, si aujourd’hui on écarte les doctorants de l’enseignement supérieur, qui assurera la relève, dans dix ans ? Qui constituera “l’élite” ? » Comme elle, ils sont des milliers d’ingénieurs, de doctorants, de postdoctorants à avoir décidé de se battre. Et savoir que des millions de jeunes diplômés à travers le monde sont dans la même situation qu’eux n’atténue pas leur colère.

« Par ses revendications d’emploi et de dignité, notre jeunesse a contribué à la révolution. Sept ans plus tard, elle constate qu’elle n’a pas été entendue. Nous devrions peut-être crier plus fort. Ou provoquer un autre soulèvement », maugrée Chawki Sarraji. Après l’obtention de son diplôme d’ingénieur en mécanique, il a été contraint de s’adapter : il installe des paraboles et des climatiseurs chez les particuliers. « J’ai de la chance, je gagne ma vie tant bien que mal, concède-t-il. Un de mes amis, ingénieur en nucléaire, est devenu marchand dans les souks. »

Rester vivre en Tunisie

Quant à tenter leur chance ailleurs, dans une Europe qui ne veut pas d’eux, la plupart en ont abandonné l’idée. « La situation est désespérante, mais notre pays, c’est ici, et on ne le lâchera pas », lance Amina, qui a rejoint une association d’éveil à la citoyenneté. « La Tunisie, c’est nous, les moins de 35 ans. On représente la moitié de la population », enchaîne Chawki Sarraji, qui a déposé un dossier de recrutement chez un avionneur et, quoi qu’il arrive, songe à monter une petite entreprise de pièces pour l’aéronautique.

« C’est ma génération qui la bâtira, une fois que les vieux de la contre-révolution auront cédé la place ! » dit Chawki Sarraji

Avec un potentiel qu’ils ne soupçonnent souvent pas eux-mêmes, chaque jour, quelques-uns osent sortir du moule… pour sortir de l’impasse. Ils déplorent le peu de cas que font les politiques des problèmes auxquels ils sont confrontés, pestent contre la bureaucratie, mais retroussent leurs manches, bien décidés à se prendre en main.

« L’État ne peut rien pour moi. Soit, j’utiliserai les quelques dispositifs qui existent et je vais construire ma vie, sans me sentir débiteur de qui que ce soit », assure Chawki Sarraji, convaincu que « la nouvelle Tunisie » n’est pas encore là. « C’est ma génération qui la bâtira, une fois que les vieux de la contre-révolution auront cédé la place ! »

• La jeunesse montante tunisienne – Ismail Ben Sassi

• La jeunesse montante tunisienne – Kerim Bouzouita

• La jeunesse montante tunisienne – Omezzine Khélifa

• La jeunesse montante tunisienne – Shiran Ben Abderrazak

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