Mugabe, Ben Ali, Mao… Pauvres hommes !

par

Fouad Laroui est écrivain.

L'ancien président tunisien , Ben Ali en novembre 2007. © Hichem/JA

Je n’ai aucune notion de ce qu’est le Zimbabwe ni à quoi il sert.

Des collègues plus compétents que moi vous diront ce qu’il faut penser de l’étrange non-coup d’État qui y a eu lieu la semaine dernière. (Pour être précis, on devrait dire « non-coup de non-État », car on m’assure que ce pays va à vau-l’eau, que son hymne national s’ouvre sur les mots La faillite, nous voilà ! et qu’il s’est vendu aux Chinois, comme autrefois des catins ambulantes s’offraient aux chercheurs d’or dans les villes du Far West.)

Cependant, mon ignorance de tout ce qui touche à cette lointaine contrée ne m’empêchera pas d’oser un rapprochement entre ce qui s’y déroule et ce qui se passa autrefois en Chine, en Roumanie et en Tunisie. Le point commun ? Des femmes. Des femmes prédatrices, manipulatrices et à la main baladeuse (pour rafler le pognon).

Le Grand Timonier

En Chine, Mao (un dur à cuire, pourtant, malgré ses airs de gros matou) tomba dans les rets d’une danseuse dont j’ai la flemme de chercher le nom sur Wikipedia, appelons-la Ching Chang Chung, et je vais vous révéler un secret, les gars, c’est elle qui l’empoisonna en 1976 (vous voyez, c’est facile de lancer des fake news…). En tout cas, et ça, c’est une vraie news, elle chercha à prendre le pouvoir après sa mort. Heureusement, le Parti communiste chinois veillait au grain et il envoya Ching Chang Chung en camp de rééducation avec ses acolytes (« la bande des quatre », vous vous souvenez ?). Merci, madame Ching, d’avoir manipulé le grand Mao et terni sa mémoire.

Ebouriffante Elena

En Roumanie, il y eut l’ébouriffante Elena. Femme de ménage dans un laboratoire, elle mit le grappin sur un cordonnier nommé Nicolae Ceausescu. Après moult péripéties, Ceausescu devint le patron du Parti communiste roumain, Elena se proclama docteur en chimie, vu son expertise en eau de Javel, mais je me souviens que mes amis roumains l’appelaient « Elena-la-serpillère » – ou même « le torchon » les soirs de beuverie. Elle commit tant d’excès par sa cupidité et sa méchanceté que les Roumains se mirent à les haïr, son mari et elle, et s’empressèrent de les fusiller dès que l’occasion s’en présenta. Et pourtant, il était plutôt populaire, au départ, le Nicolae… Merci, madame.

Le cas Ben Ali

En Tunisie, Ben Ali commença plutôt bien sa carrière de président après le coup d’État « médical » du 7 novembre 1987. Hélas, il s’amouracha quelques années plus tard d’une shampouineuse âpre au gain, cupide et autoritaire, dont le clan familial mit rapidement la Tunisie sous coupe réglée. Le peuple finit par se révolter, la coiffeuse et son mari bien peigné s’enfuirent piteusement. Et voilà pourquoi Ben Ali finit ses jours en exil, dans l’anonymat, alors qu’il aurait pu être un grand président en continuant l’œuvre de Bourguiba. Merci, madame Leila, et vous me remettriez un petit coup de brillantine ? Quant à Mugabe, il aurait pu abdiquer dignement il y a quelques années après avoir organisé sa succession. Hélas, il tomba sous la coupe de cette virago surnommée Disgrâce Gucci, de cent ans plus jeune que lui (au moins) et bien décidée à lui faire payer l’honneur et l’avantage de frotter sa peau de vieux crocodile à sa peau de gazelle à elle. Enfin, c’est surtout le pays qui paie… D’où le NCNE* de la semaine dernière.

On dénonce, à raison, les hommes qui tourmentent, harcèlent, violentent les femmes. Ils sont impardonnables. Mais qu’en est-il des femmes comme Elena-la-serpillère, Ching Chang Chung (drôle de nom), Leila la shampouineuse ou Disgrâce Gucci, qui abusent de la faiblesse des hommes ? Entendez-vous, amis lecteurs, le chœur de ces hommes faillis, détruits, déconsidérés à cause de leur rombière ? « Metoo! Metoo! » gémissent-ils en chinois, en arabe, en roumain, en zimbabwéen… Qui prendra leur défense ?

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