Algérie : pour l’ex-patron de la Sonatrach, « la véritable priorité est la mise en place d’une économie de l’après-pétrole »

Gaz de schiste. © JA

Pour Mohamed Terkmani, l’exploitation du gaz de schiste n’est pas une bonne option à court ou à moyen terme, faute de rentabilité.

Alors que le débat sur l’exploitation du gaz de schiste reprend en Algérie, Jeune Afrique a rencontré Mohamed Terkmani, ingénieur et ancien directeur de la Sonatrach.

Jeune Afrique : Pourquoi l’exploitation du gaz de schiste est-elle revenue sur la table ?

Mohamed Terkmani : Elle est liée à la chute des prix du gaz et à la crise financière que traverse le pays. Elle doit être interprétée comme servant un objectif à long ou à très long terme avec quelques puits d’exploration et d’essai pour évaluer le potentiel de production des schistes avant de décider leur exploitation éventuelle. Par conséquent, l’exploitation du gaz de schiste n’est pour le moment pas une bonne option, ni en Algérie ni ailleurs, à l’exception des États-Unis et du Canada. Elle est trop coûteuse et trop complexe. Cependant, elle pourrait devenir une bonne chose ou plutôt une assez bonne chose, à condition de remplir d’ici là un certain nombre de critères.

Lesquels ?

Mobiliser les moyens requis et être en mesure de réduire considérablement les coûts de forage et de développement afin de rentabiliser une opération qui est loin de l’être pour le moment. Entreprendre une vaste campagne d’explication pour informer objectivement une opinion souvent très méfiante, voire hostile au projet, afin qu’elle puisse prendre position en connaissance de cause. Et quand bien même le seuil de rentabilité serait atteint, il ne faudra pas s’attendre à obtenir mieux qu’un appoint à la production. Mais même un appoint, s’il est rentable, serait une bonne chose pour l’Algérie, qui en aura grand besoin lorsque sa production ne pourra plus satisfaire la demande.

La situation pourrait s’aggraver si l’Algérie continue à trop miser sur les hydrocarbures, qu’ils soient conventionnels ou non conventionnels.

En quoi cette option serait-elle une mauvaise chose ?

C’était déjà une mauvaise option avant la chute des cours du pétrole et du gaz, en juin 2014. Elle l’est donc encore plus aujourd’hui et le sera encore tant que le seuil de rentabilité ne sera pas atteint. Elle restera une option difficile à mettre en œuvre, comme cela est le cas dans certains pays, tant qu’un consensus n’aura pas été obtenu. Enfin, ce ne serait pas une bonne chose dans la mesure où elle ne constitue pas une priorité. La véritable priorité consiste à développer une économie de l’après-pétrole, laquelle a déjà pris un grand retard. Et la situation pourrait s’aggraver si l’Algérie continue à trop miser sur les hydrocarbures, qu’ils soient conventionnels ou non conventionnels.

Le gaz de schiste est-il polluant ?

Il est temps de dissiper certaines idées reçues. Il n’existe absolument aucune différence entre les hydrocarbures de schiste et les hydrocarbures conventionnels. Ils se sont d’ailleurs tous formés au sein de la même roche, dite roche-mère. Une partie en a été expulsée et s’est accumulée dans les pièges que sont les gisements, et l’autre partie est restée emprisonnée dans la roche-mère qu’on appelle schiste, un terme rébarbatif qui n’inspire pas confiance. On devrait plutôt les appeler gaz et pétrole de roche-mère. De même, les hydrocarbures de schiste ne sont ni plus ni moins polluants que les hydrocarbures conventionnels. Quant à la pollution pouvant résulter des opérations de fracturation, une grande confusion règne à ce sujet et nécessite d’être clarifiée.

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