Angola : le printemps de Luanda

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Daniel Ribant est l'auteur de "L'Angola de A à Z", publié chez L'Harmattan.

Joao Lourenço, le nouveau président de l'Angola. © Bruno Fonseca/AP/SIPA

Pour de nombreux observateurs, l’élection de João Lourenço à la tête de l’Angola n’était guère plus qu’une opération cosmétique visant à perpétuer la mainmise de José Eduardo dos Santos et de son clan sur le pays.

Il n’aura pourtant suffi que de quelques semaines à cet ancien général pour démontrer qu’il ne serait pas un président « sous influence » et que les promesses martelées lors de ses meetings n’étaient pas de simples slogans. Assisté de son épouse, Ana Dias, économiste et ancienne représentante de l’Angola à la Banque mondiale, Lourenço s’est soigneusement préparé à sa nouvelle fonction, et les décisions prises depuis son accession au pouvoir en sont la preuve. Les décrets présidentiels sont désormais très attendus à Luanda tant les nominations dans les secteurs clés manifestent la volonté du nouveau président d’en finir avec l’« ancien régime ».

La détermination du nouveau président

Impensable il y a encore quelques semaines, le limogeage d’Isabel dos Santos de la présidence de la compagnie pétrolière nationale, la Sonangol, symbolise à lui seul la détermination de Lourenço.

Mais, en bon militaire, Lourenço suit son plan de bataille, abattant méthodiquement ses cartes, sans laisser à ses adversaires le temps d’organiser la parade.

On aurait pu croire qu’il temporiserait afin de ne pas affronter immédiatement la famille de l’ancien président ou qu’il s’en prendrait d’abord à José Filomeno dos Santos, président du Fonds souverain de l’Angola (FDSEA), dont certains administrateurs ont été éclaboussés par les révélations des Paradise Papers.

Mais, en bon militaire, Lourenço suit son plan de bataille, abattant méthodiquement ses cartes, sans laisser à ses adversaires le temps d’organiser la parade.

En toute chose, il privilégie l’action, qu’il conduit lui-même sur le terrain. Début novembre, il était dans le Cabinda afin d’y tenir une réunion de la Commission économique nationale. Tout un symbole dans cette province séparatiste. Deux jours plus tard, il était dans le Sud, à Huila.

Rythme infernal que ses ministres se doivent de suivre, y compris dans la remise de leurs rapports et plans d’action. L’obligation de résultat est claire pour tout le monde.

Sa lutte contre la corruption

Lourenço a aussi fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités, et une conduite irréprochable est demandée aux nouveaux représentants de l’État.

Un administrateur de la Banque de développement (BDA), Carlos Panzo, en a fait récemment les frais : il a été remercié quelques jours à peine après sa nomination au poste de secrétaire aux Affaires économiques en raison d’une possible inculpation en Suisse.

Cette politique est louable, mais elle a aussi ses limites dans un pays où les élites ont grandi dans un système où l’exemple ne venait pas nécessairement d’en haut.

Une sorte d’état de grâce règne actuellement dans le pays. Même l’opposition, souvent très critique envers « l’État MPLA » (Mouvement populaire de libération de l’Angola), paraît sous le charme. Isaias Samakuva, le leader de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), le grand rival, a été reçu au palais présidentiel, le 18 octobre. Une première depuis l’avènement de la République angolaise, en 1975.

L’économie du pays dans l’impasse

L’hirondelle ne fait naturellement pas le printemps, d’autant que la situation financière de l’Angola est alarmante. Les réserves du pays ont considérablement diminué, et le manque de liquidités pèsera naturellement ces prochains mois.

Des mesures impopulaires devront être prises, à commencer par cette dévaluation qui touchera une population déjà très affaiblie. Le recours au FMI, inévitable pour beaucoup, pourrait également accroître le mécontentement.

Il faut soutenir cette révolution qui ne dit pas encore son nom.

Homme d’appareil, Lourenço est sans doute à même d’évaluer l’évolution des sensibilités au sein du MPLA, un parti qui, pour avoir été trop souvent muselé par le premier cercle de dos Santos, souhaite maintenant tourner la page.

De toute manière, les mesures prises par le chef de l’État à l’encontre des proches de l’ancien président et la rapidité avec lesquelles elles ont été exécutées laissent entendre qu’il dispose pour l’instant du consensus nécessaire au sein du parti. Sans oublier que ses anciennes fonctions de ministre de la Défense lui permettent de juger des états d’âme de la grande muette.

Toutes les chancelleries suivent avec attention ce printemps angolais. Mais il appartiendra à la communauté internationale de tirer rapidement les conclusions qui s’imposent afin d’apporter un appui concret à une révolution qui ne dit pas encore son nom. Il n’y a pas que les printemps de feu et de sang qui méritent son soutien.

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