Télécom : Vodacom élargit ses frontières

La marque au logo rouge compte 39,4 millions d’abonnés dans son pays d’origine. © Bloomberg via Getty Images

Avec l’acquisition de 35 % de Safaricom, le géant sud-africain compte diversifier ses sources de revenus.

À Johannesburg, depuis le toit de Ponte City, le plus haut bâtiment résidentiel d’Afrique subsaharienne, le logo rouge écarlate de Vodacom a longtemps brillé comme un phare sur tout le centre-ville.

Avec plus d’abonnés que n’importe quel autre opérateur mobile d’Afrique du Sud, la firme règne sur le secteur – peut-être trop, selon l’autorité de la concurrence du pays, qui a annoncé le 4 octobre une enquête sur le contrat exclusif de fourniture de services que Vodacom a signé avec le gouvernement.

Face à un marché intérieur saturé, paralysé par une économie en perte de vitesse, Vodacom regarde plus que jamais au-delà de ses frontières. En commençant par l’Afrique de l’Est, une région à la croissance rapide dont l’entreprise souhaite faire un pivot de sa stratégie de croissance.

Transactions entre opérateurs

En août, Vodacom a acquis pour 34,6 milliards de rands (2,1 milliards d’euros) 35 % de Safaricom, l’opérateur mobile leader au Kenya, sous la forme d’un échange d’actions avec sa maison mère, le groupe britannique Vodafone.

Cette transaction signe une transformation historique pour Vodacom

En contrepartie, le groupe sud-africain lui a transféré 226,8 millions de ses nouvelles actions, faisant ainsi passer la part de Vodafone dans Vodacom de 65 % à 70 %. Selon les termes de la transaction, Vodafone a conservé une participation de 5 % dans Safaricom, alors que le gouvernement kényan en détient 35 %.

Cette transaction signe une transformation historique pour Vodacom. « C’est une occasion unique de diversifier notre profil financier », indique à Jeune Afrique Shameel Joosub, directeur général de l’opérateur sud-africain. Le dirigeant souligne les succès au Kenya de Safaricom, qui y possède une part de marché de 71 %.

Un marché attractif

« C’est un deal excitant, se réjouit-il. Il offre à nos actionnaires l’accès à un marché kényan très attractif, qui génère une forte croissance, une marge importante et beaucoup de cash. Cela va accroître aussi notre présence en Afrique de l’Est et fera de Vodacom un formidable acteur dans les services financiers sur le continent. »

C’est face à des concurrents de la taille de MTN que Vodacom cherche à consolider sa position en Afrique

Le Kenya offre aussi une marge d’expansion, poursuit Shameel Joosub, soulignant que le pays a un taux de pénétration du téléphone mobile de 88 % – bien au-dessous des 146 % de l’Afrique du Sud.

Pour l’expert en télécoms Dobek Pater, directeur général du cabinet Africa Analysis, c’est face à des concurrents de la taille de MTN que Vodacom cherche à consolider sa position en Afrique. Bien que Vodacom soit la plus grande entreprise de téléphonie mobile en Afrique du Sud, avec 39,4 millions d’abonnés, elle est loin derrière MTN en nombre d’abonnés sur le continent. MTN en compte 231,8 millions en Afrique, contre 69,3 pour Vodacom.

Approche prudente

Selon Dobek Pater, « Safaricom réalise de bons chiffres d’affaires, de la profitabilité et de la trésorerie. Vodacom devrait en bénéficier ». Mais de même que Vodacom est dans le collimateur du régulateur pour sa position dominante sur le marché sud-africain, l’Autorité des communications du Kenya a commandé un rapport laissant entendre que Safaricom pourrait être scindé en deux à cause de son emprise trop importante sur le marché.

Vodacom espère aussi que l’acquisition kényane l’aidera à conduire la croissance de M-Pesa

Contrairement à son rival MTN, qui s’est imposé de manière offensive, particulièrement au Nigeria, Vodacom a adopté une approche plus prudente. Interrogé sur les cibles de son extension prochaine, Shameel Joosub évoque la discipline qui prévaut chez l’opérateur dans l’évaluation de nouveaux marchés. Pour lui, Vodacom est seulement intéressé par l’acquisition d’acteurs de poids à l’échelle du continent.

« Ils essaient de rattraper le retard qu’ils ont pris dans l’expansion de leurs opérations en dehors de l’Afrique du Sud », estime Derrick Chikanga, un analyste du groupe de recherche International Data Corporation (IDC). Vodacom espère aussi que l’acquisition kényane l’aidera à conduire la croissance de M-Pesa, le service de mobile money que Safaricom a lancé il y a dix ans et qui compte désormais 19 millions d’utilisateurs actifs sur le continent.

L’Afrique du Sud représente en effet une exception majeure à ce succès. La greffe n’y a pas pris auprès des consommateurs. M-Pesa a dû cesser son activité l’année dernière. « Les conditions du marché sud-africain sont différentes, à la fois dans le secteur financier et dans celui du mobile », analyse Dobek Pater. Selon lui, Vodacom devrait plutôt reproduire le succès de la plateforme de mobile money de Safaricom sur des marchés où les services de banque et de finance mobile connaissent déjà une croissance importante.

Le but  est de renforcer l’emprise du pays sur un secteur à la croissance rapide

« Safaricom a une expérience reconnue dans la monnaie électronique qui ne peut que nous profiter. Nous nous inspirons des meilleures pratiques et les adapterons au marché local », indique Anwar Soussa, directeur général de Vodacom RDC. En Afrique de l’Est, Vodacom conforte aussi sa position en Tanzanie, où il possède 65 % de sa filiale dans le pays, qui compte 12 millions de clients. Vodacom Tanzanie est entré en Bourse en août après que le gouvernement tanzanien a demandé aux opérateurs de télécoms travaillant dans le pays de vendre au moins 25 % de leur capital à la Bourse de Dar es-Salaam.

Le but : renforcer l’emprise du pays sur un secteur à la croissance rapide. En attirant 40 000 investisseurs locaux, c’est devenu la plus grande introduction en Bourse réalisée à ce jour.

Si Vodacom paraît plus pressé que jamais de diversifier ses revenus, c’est en raison de la situation de l’économie sud-africaine, affectée par la volatilité du rand.

Vodacom, tout comme ses concurrents, fait face au déclin de ses revenus provenant des appels vocaux dans le mobile

Par ailleurs, Vodacom, tout comme ses concurrents, fait face au déclin de ses revenus provenant des appels vocaux dans le mobile. Et alors que les services dans le data ont été profitables, l’opinion publique exerce une pression grandissante pour que leur prix baisse.

Du côté de Vodacom, on se prépare à cette échéance en annonçant des forfaits data de meilleure qualité. « Nous nous sommes lancés dans une nouvelle politique tarifaire il y a trois ans, et nos clients ont bénéficié d’une baisse de 44 % du prix dans le data et de 42 % du coût des appels vocaux sur cette période », rappelle Shameel Joosub.

« Nous connaissons une augmentation de 45 % de la demande dans le data. Aussi avons-nous besoin d’étendre la couverture de la 4G, ajoute-t-il. Les deux ont un coût, et nous avons investi près de 32,7 millions de rands au cours des quatre dernières années. Le manque d’accès à de nouvelles fréquences nous empêche de réduire le coût des infrastructures et, en conséquence, de baisser les tarifs. »

« Du point de vue des opérateurs, on préférerait garder des prix relativement hauts dans le data pour préserver un retour sur investissement rapide. Fournir ces services coûte cher », analyse Pater.

 « Ils voient que le data est le seul secteur qui va générer des revenus pour eux » explique Chikanga

« L’industrie des télécommunications devient extrêmement compétitive. Beaucoup d’opérateurs sont sous pression à cause du déclin des revenus tirés des appels vocaux. Ils voient que le data est le seul secteur qui va générer des revenus pour eux. C’est dans leur intérêt de s’étendre, particulièrement en Afrique de l’Est », conclut Chikanga.

La marque au logo rouge compte 39,4 millions d’abonnés dans son pays d’origine.

 

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