Législatives à Djibouti : tant de candidats inconnus, si peu de suspense

Par - envoyé spécial

Ismaïl Omar Guelleh, président de la République de Djibouti, au plais présidentiel lors d'une interview accordée à JA en mars 2017. © Vincent Fournier/JA

À trois mois des législatives, l’opposition est toujours éclatée. Entre le boycott des uns et les tergiversations des autres, l’Union pour la majorité présidentielle s’annonce déjà comme le grand vainqueur du scrutin.

Tous les observateurs pensaient que les leaders de l’opposition avaient retenu la leçon de la dernière présidentielle. En avril 2016, le chef de l’État sortant, Ismaïl Omar Guelleh (IOG), était réélu avec un score de plus de 86 % des suffrages exprimés, ne faisant qu’une bouchée de ses cinq concurrents partis en ordre dispersé. Le premier d’entre eux, Omar Elmi Khaireh, candidat officiel de l’Union pour le salut national (USN, coalition des partis d’opposition), n’avait rassemblé que 7,3 % des votes, les autres n’atteignant même pas la barre des 5 % qui leur aurait permis d’être remboursés de leurs frais.

Éprouvantes tractations

Dix-huit mois plus tard, rien n’a vraiment changé. Alors que s’engage la campagne pour les législatives, prévues en février 2018, l’opposition semble toujours aussi divisée. « Comme c’est souvent le cas à la veille d’élections, les querelles d’ego ressortent au sein des coalitions », remarque Abdourahman Mohamed Guelleh, dit TX.

Le président du Rassemblement pour l’action, la démocratie et le développement écologique (Radde) sait de quoi il parle puisqu’il a lui-même claqué la porte de l’Alliance des mouvements pour l’alternance et la nation (Aman) en septembre. Prônant un boycott qui a pourtant montré ses limites, celui qui se voyait déjà en leader de l’opposition a finalement décidé de faire cavalier seul pour tester la popularité dont il a hérité lors de son court passage à la mairie de Djibouti.

Il peut souhaiter bon vent à ses ex-alliés de l’Aman, Cassim Ahmed Dini, président d’une frange de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD), et Omar Elmi Khaireh, patron du Centre des démocrates unifiés (CDU).

Les deux leaders se sont lancés dans d’éprouvantes tractations avec ce qui reste de l’USN – aujourd’hui pilotée par Mohamed Daoud Chehem, qui était son « candidat dissident » en 2016. Les deux coalitions, aux parcours entremêlés de ralliements et de défections, ont engagé des discussions pour mettre en place des listes uniques dans chaque circonscription.

L’opposition aux abonnés absents

Dans cette tentative de recomposition de l’opposition, Daher Ahmed Farah, « DAF », l’ancien porte-parole de l’USN, est aux abonnés absents. Et ce depuis la campagne électorale de 2016, à laquelle il a refusé de participer. « Il est mort politiquement », veulent croire certains de ses anciens compagnons.

Bien que peu probable, son éventuel retour sur l’échiquier politique ne changerait certainement pas la donne en février. Car si l’équation à résoudre pour préfigurer la composition de l’opposition au sein de la future Assemblée ne compte que des inconnues, le résultat du vote, lui, devrait sans surprise pencher en faveur de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP).


Djibouti : « TX » fait cavalier seul

Abdourahman Mohamed Guelleh, alias TX, 40 ans, le président du Rassemblement pour l’action, la démocratie et le développement écologique (Radde), donne l’impression de marcher dans les pas de Daher Ahmed Farah, dit DAF, opposant historique et cofondateur du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD). Comme ce dernier, TX refuse aujourd’hui de participer aux élections, un boycott qu’il justifie par l’absence de commission électorale nationale indépendante paritaire.

De quinze ans son aîné, DAF a été le porte-parole d’une Union pour le Salut National toute fringante, en 2013, avant de s’exiler en Belgique. TX, lui, a connu son heure de gloire à la mairie de la capitale, a été secrétaire général de l’USN et, depuis sa création en septembre 2016, coordinateur de l’Alliance des mouvements pour l’alternance et la nation (Aman)… qu’il vient de quitter précipitamment.

Seule différence : TX assure ne pas pouvoir sortir du pays. Il est surveillé de près par les autorités depuis son arrestation et ses quatre mois d’emprisonnement lors des événements de Bouldouqo, qui avaient fait sept morts en décembre 2015. Mais TX croit encore en son destin, et aux défis électoraux il préfère le terrain. Il parcourt le pays pour renforcer la base du Radde, qui lui avait permis de gagner la mairie de Djibouti en 2012.

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