Harcèlement sexuel : harem planétaire

Manifestation contre le harcèlement sexuel des femmes le 17 mars 2012 à Rabat. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Bien sûr que je peux balancer moi aussi ! Il faut juste que je cherche dans mes souvenirs, car des harceleurs, j’en ai connu, du petit patron péteux au chef d’État qui vous prend pour sa énième courtisane, sauf que la pudeur m’interdit de parler, c’est mon côté femme du Sud, édifiée sur la chose...

En fait, cette affaire n’a rien d’un scoop. Des types comme Weinstein, il y en a partout, ils nous rappellent que le monde continue à fonctionner comme un gigantesque harem et que la guerre des sexes ne tourne qu’autour d’un seul sujet : le sexe. Mais comme l’affaire nous vient d’Amérique et qu’elle concerne des stars, tout le monde s’époumone, on réveille l’humanité entière, on sonne l’alarme dans le village mondial. Sauf que, moi, le village mondial, je n’y crois pas. Et cette américanisation des mœurs me gêne.

Elle m’oblige à une conception des rapports hommes-femmes simplifiés – des rapports basés sur les notions de bien et de mal et sur des considérations pécuniaires. Elle contraint ma tradition méditerranéenne, où le féminisme ne prend pas forcément le pas sur le féminin et où je m’obstine à entendre encore le chant des troubadours, la poésie courtoise et cette grande finesse de la parade amoureuse, n’en déplaise aux Yankees !

Un phénomène courant

C’est hypocrisie générale que de faire croire que les carrières qui se construisent sur le chantage sexuel – ou plus familièrement sur « la promotion canapé » – sont une rareté. C’est imposture que de nous demander de verser des larmes sur le malheureux destin de vedettes riches et célèbres qui n’auraient sans doute pas fini sous les ponts si elles avaient dénoncé leur magnat. Je comprends qu’une caissière ou une ouvrière n’ait pas le courage ou les moyens de s’en prendre à son agresseur parce qu’il y va de sa survie, mais pas ces nanties de bonne famille qui se sont payé le luxe de se taire.

 Laisser entendre que l’homme est un prédateur par essence conforte la vue des religieux de tous poils

En plus, j’ai bien peur que cette théorie du soupçon qui pèse sur tous les hommes ne donne raison aux puritains du monde entier. Laisser entendre que l’homme est un prédateur par essence conforte la vue des religieux de tous poils. Prenez les islamistes. Depuis le temps qu’ils claironnent que le désir masculin menace à tous les coins de rue et qu’il faut porter le hidjab et refuser la mixité. Ils nous ont répété mille fois que « chaque fois qu’une femme et un homme se retrouvent seuls, le troisième compagnon est le diable ! »

Et pour ces folles qui s’obstinent à aller bosser, ils ont trouvé la solution en leur recommandant de donner le sein au patron ou au collègue de bureau comme si c’était leur propre fils. Cela vous fait rire ? Eh bien, vous en êtes édifié !

Du monde libre au opprimé

Enfin, pourquoi tant de bruit autour de femmes issues du monde libre alors qu’on oublie l’existence de millions d’autres dont le législateur, le chef du village ou l’imam a officialisé l’agression sexuelle et légalisé le viol conjugal ? Toutes ces demoiselles mariées de force, obligées d’épouser leur violeur ou subissant la libido masculine au moyen de mille et une fatwas…

C’est enregistré dans nos disques durs : la supériorité masculine rend halal le harcèlement

Elles ont fini par être « cool » sur la question, il faut dire. Elles ont assimilé le fait que l’homme a prééminence sur la femme et que le harceleur est dans son rôle de mâle, qu’il n’a rien d’un malade. Il « laboure » sa légitime quand il veut, celle-ci n’a pas le droit de se refuser à lui, sinon les anges la maudissent ! C’est enregistré dans nos disques durs : la supériorité masculine rend halal le harcèlement. Alors, tout ce tapage occidental, pour certaines d’entre nous, ressemble à une menue querelle, pour ne pas dire une coquetterie de Blancs.

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