Demain, la Chine

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Xi Jinping sur une affiche dans les rues de Pékin. © Andy Wong/AP/SIPA

Au pouvoir depuis 1949, le Parti communiste chinois a tenu, du 18 au 25 octobre, à Pékin, son XIXe congrès. Ses dirigeants ont pris une orientation et des décisions dont ils pensent qu’elles feront entrer la Chine dans une nouvelle ère.

Ce qu’ils ont décidé, un milliard et demi de Chinois devront l’accepter. Mais la Chine de cette « ère nouvelle » sera plus présente dans le monde. Ses « oui » et ses « non » seront plus audibles et plus directifs que par le passé. Ils retentiront donc sur les autres 6 milliards d’êtres humains.

Le congrès a adopté, parmi ses principes directeurs, la pensée de Xi Jinping, secrétaire général du parti, chef des armées et président de la République populaire. Xi Jinping a élaboré un plan destiné à faire entrer la Chine dans une nouvelle ère au cours de laquelle, en deux longues étapes, elle édifiera et pratiquera un « socialisme aux caractéristiques chinoises ». Et, simultanément, retrouvera son rang de première nation du monde : ce sera la renaissance de l’empire du Milieu.

Un fondateur

À 64 ans, Xi Jinping a donc été intronisé par le XIXe congrès troisième grand leader du Parti communiste du pays, les deux premiers étant Mao Zedong et Deng Xiaoping. Il conduira la Chine dans cette nouvelle ère aussi longtemps qu’il en aura la force, probablement jusqu’à la fin de la première étape, en 2035.

Désormais, Xi Jinping est le Parti : il définit ce que ce dernier doit faire et devenir, qui est communiste et qui ne l’est pas

La Chine de Xi Jinping a décidé que son Parti communiste, expurgé des corrompus (plusieurs dizaines de milliers), demeurera au-dessus du gouvernement comme de l’armée. Mais le Parti – colonne vertébrale du pays – et le gouvernement seront intimement soudés. Désormais, Xi Jinping est le Parti : il définit ce que ce dernier doit faire et devenir, qui est communiste et qui ne l’est pas.

Son autorité n’a pas de limite dans le temps. Il ne succède pas seulement à Mao Zedong et à Deng Xiaoping. Il sera à la Chine de l’ère nouvelle ce que Lénine fut à l’URSS : un fondateur. En 1979, Deng Xiaoping avait sorti la Chine de son enfermement et l’avait fait entrer dans l’économie de marché : elle est devenue « l’atelier du monde », puis le premier exportateur de la planète.

Tous les trente ou quarante ans, arrive au pouvoir suprême un grand leader communiste qui infléchit la politique de son illustre prédécesseur

À ses successeurs immédiats, Deng a recommandé de faire profil bas : la Chine en résurrection ne doit pas claironner ses capacités et ses succès, ni montrer qu’elle a « appris à conduire ». Il leur a également conseillé de pratiquer un pouvoir collégial, renouvelable une fois tous les cinq ans et qu’on quitte obligatoirement à 75 ans.

Mais, selon Xi Jinping, cette ère est terminée. Il préconise d’adopter et de pratiquer un « socialisme aux caractéristiques chinoises pour une ère nouvelle ». On conservera la fameuse économie de marché empruntée au capitalisme, mais, pour tout le reste, on fera l’inverse de ce qu’avait recommandé Deng Xiaoping à la fin du siècle dernier.

Ainsi, en Chine, tous les trente ou quarante ans, arrive au pouvoir suprême un grand leader communiste qui infléchit la politique de son illustre prédécesseur, voire fait l’inverse ; il renforce l’autorité et le pouvoir du Parti, oriente le pays dans une nouvelle direction.

 Nationalisme chinois

Mao, Deng et Xi, chacun des trois, à son heure, a personnifié ou personnifie à la fois la continuité et le changement. Leur point commun ? Eux et le Parti communiste se sont emparés de ce levier extraordinaire qu’est le nationalisme chinois.

Avant eux, la Chine avait été humiliée et occupée, se trouvait hors du XXe siècle et du monde. En trois quarts de siècle, le Parti communiste et ses trois grands dirigeants l’auront unifiée et modernisée, lui redonnant du même coup son rang de première puissance du monde. Le communisme et les partis communistes ont partout ailleurs lamentablement échoué.

Xi Jinping a entrepris de faire de la Chine le challenger idéologique des États-Unis et, plus largement, de l’Occident

Si la « nouvelle ère » de Xi Jinping n’est pas un mirage, si l’oncle Xi réussit son coup, comme on dit, il contribuera à réhabiliter le communisme. Ou, à tout le moins, « un socialisme aux caractéristiques chinoises », c’est-à-dire un socialo-communisme asiatique. Qui aura emprunté au capitalisme l’économie de marché et au marxisme-léninisme le parti unique, le pouvoir centralisé et la toute-puissance de l’État, tant politique qu’économique.

Culte de la personnalité

Le culte de la personnalité en plus. Xi Jinping a donc fait adopter par le congrès de son parti une ligne faisant la synthèse entre Mao Zedong et Deng Xiaoping : sa pensée s’inspire de l’un et de l’autre. Mais il y a beaucoup plus : le Parti communiste chinois et son chef incontesté, Xi Jinping, ont entrepris de faire de la Chine, dès 2018, le challenger idéologique des États-Unis et, plus largement, de l’Occident.

Elle pratiquera une forme de socialisme fondée sur l’économie de marché, avec un État dominant et une concentration des pouvoirs entre les mains d’un parti unique dirigé par un leader incontesté. Des élections transparentes et contradictoires ? Niet. Des contre-pouvoirs ? Non plus. Une alternance ? Pas question.

L’armée sera de plus en plus puissante et moderne (son budget a été multiplié par neuf en un quart de siècle, passant de 17 milliards de dollars en 1990 à 152 milliards en 2017). La recherche scientifique et l’innovation seront les atouts maîtres de ce nouveau régime. Sa monnaie, le renminbi, est déjà l’une des cinq monnaies internationales. Et il aura à sa tête un guide, un nouveau « grand timonier ».

Un autre monde en somme, différent de l’Occident, voire opposé à lui. Et qui se présentera à nous comme une alternative. Il y a fort à parier qu’il ne s’écoulera pas beaucoup d’années avant qu’on nous demande de choisir et que « le non-alignement » ne soit plus accepté ni par l’un ni par l’autre.

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