Belgafrique : les « tontons » belges soignent leurs réseaux congolais

Louis Michel conserve des contacts avec plusieurs hommes de premier plan comme Kabila ou Moïse Katumbi en RDC. Ici au Conseil Européen en 2009 © Thierry Charlier/AP/SIPA

Officiellement, ils n’ont plus de responsabilités diplomatiques. Mais plusieurs hommes politiques belges passionnés par le Congo entretiennent encore leurs réseaux dans le pays. Ils les ont constitués « à l’ancienne », grâce à des contacts humains, souvent affectifs, parfois mâtinés de paternalisme. Tous ont en tout cas une nette préférence pour les échanges discrets, entre quatre yeux, plutôt que pour les blâmes par médias interposés.

  • Étienne Davignon

Vicomte promu au rang de « comte » par le roi des Belges pour ses services rendus à la nation en juillet 2017, Étienne Davignon est sans doute celui qui connaît le pays depuis le plus longtemps. Ce fils d’ambassadeur est entré au ministère belge des Affaires étrangères dès 1959, avant le très houleux processus de décolonisation, dont il fut l’un des artisans. Sa longue carrière de diplomate l’amènera à diriger les cabinets de Paul-Henri Spaak, l’un des pères de l’Europe, à coprésider la Commission européenne, mais aussi à beaucoup dialoguer avec Mobutu. à partir de 1984, il se reconvertit dans le privé.

Mais le Congo n’est jamais très loin : entre 2000 et 2005, il est notamment administrateur d’Umicore (ex-Union minière du Haut-Katanga) et, à 85 ans, il préside toujours le conseil d’administration de Brussels Airlines. Il a même repris un temps du service dans la diplomatie, en devenant le conseiller de Louis Michel lorsque celui-ci était commissaire européen à la coopération internationale (2004-2009).

  • Louis Michel 

Michel, qui fut également ministre des Affaires étrangères de 1999 à 2004, conserve des contacts avec plusieurs hommes de premier plan. Il dispose notamment d’un accès direct à Joseph Kabila et à Moïse Katumbi. Député européen et coprésident de l’assemblée Afrique-Caraïbes-Pacifique - Union européenne, le père de l’actuel Premier ministre Charles Michel reçoit de nombreux responsables politiques africains de passage à Strasbourg ou à Bruxelles. Il est à l’origine du règlement européen sur le trafic de minerais de conflits, qui concerne particulièrement l’Est de la RD Congo.

En 2016, il a codéposé une résolution réclamant des sanctions contre des responsables congolais. À 70 ans, il a par ailleurs présidé le comité scientifique de la fondation de l’homme d’affaires George Forrest, qui dispose de nombreuses connexions en RD Congo.

  • André Flahaut 

André Flahaut n’a lui plus vraiment de lien avec le pays en tant que ministre francophone du Budget. Mais cet homme de 62 ans continue de recevoir de nombreux responsables politiques congolais dans son vaste bureau du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. « Ma porte est toujours ouverte », s’amuse-t-il. Son très long passage au ministère fédéral de la Défense (1999-2007) lui a notamment permis de se forger un réseau dans l’armée congolaise, particulièrement visée par les sanctions de l’UE. Coïncidence ? Il est publiquement très opposé à ces mesures, à rebours d’autres figures de son parti, comme Maria Arena.

  • Herman De Croo

Herman De Croo est également décrit comme relativement conciliant vis-à-vis des autorités de la RD Congo. Doyen des parlementaires belges, il y effectue chaque année un séjour d’au moins deux semaines – il doit d’ailleurs s’y rendre en ce mois de novembre. Fondateur du Centre de recherche et d’expertise d’Afrique centrale (Creac), il organise chaque mois à la Maison des parlementaires un « dialogue de la rotonde ».

Quelques dizaines de décideurs politiques, hommes d’affaires et universitaires – la liste est confidentielle – s’y regroupent pour échanger sans micro. Il est également vice-président du conseil d’administration de Texaf, société belge exclusivement implantée au Congo, principalement dans l’immobilier. Grâce à son fils Alexander, le vice-Premier ministre chargé de la Coopération, il a un accès direct au gouvernement. Père et fils sont voisins, dans leur fief familial de Brakel. « Je ne fais pas de diplomatie parallèle, tient-il à préciser. Mais si je peux contribuer à faire bouger les choses dans le bon sens… »

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