Algérie : le jour où Ramtane Lamamra a vu rouge

Ramtane Lamamra, alors ministre des Affaires étrangères de l'Algérie, le 15 décembre 2013 à Alger. © Louiza AMMI pour JA

Un remaniement ministériel en mai 2015 a déclenché la colère de Ramtane Lamamra, alors proche de Bouteflika. Aujourd'hui l'objet de sa colère de l'époque, Abdelkader Messahel, occupe son poste.

Jeudi 14 mai 2015. Abdelaziz Bouteflika procède à un énième remaniement ministériel. Surprise, il désigne deux personnes à la tête de la diplomatie. Ramtane Lamamra est reconduit à la tête des Affaires étrangères tandis qu’Abdelkader Messahel hérite du portefeuille de ministre des Affaires maghrébines et africaines et de la Coopération internationale. Une première dans les annales de la politique algérienne, au point que certains parlent d’une bourde ou d’un cafouillage au sommet de l’État. Mais il est plus vraisemblable que le président, qui garde la haute main sur la diplomatie, voulait ménager à la fois Lamamra et son ami Messahel.

Démission interdite

Quand il apprend la nouvelle, Lamamra entre dans une colère noire. Le vieux briscard n’accepte pas ce qu’il prend pour une double humiliation : partager ses fonctions, qui plus est avec son meilleur ennemi. Il rédige une lettre de démission et l’envoie au président. Celui-ci la garde quelques jours et refuse de la valider. « On ne démissionne pas chez Bouteflika, dit un ancien ministre. C’est lui qui vous fait partir. »

Après cinq jours de confusion, un nouveau remaniement est opéré. Lamamra est élevé au rang de ministre d’État, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, alors que Messahel hérite du département des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue arabe. Cette diplomatie bicéphale durera deux ans, avant que Lamamra ne soit congédié. Il apprendra son limogeage à 10 heures du matin… par téléphone.

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