Ghana : Anna Bossman, diplomate de père en fille

Anna Bossman, lors de son passage dans les locaux de JA, en octobre 2017. © Vincent Fournier, pour Jeune Afrique.

Rencontre avec la nouvelle ambassadrice du Ghana, Anna Bossman de passage à Paris.

Élégamment vêtue d’un ensemble en wax jaune et turquoise, Anna Bossman, 59 ans, arrive détendue au siège de Jeune Afrique, à Paris. Quelques jours auparavant, le 13 octobre, elle présentait ses lettres de créance au président français, Emmanuel Macron, à l’Élysée, devenant ainsi officiellement le nouvel ambassadeur du Ghana en France.

L’élection du directeur général de l’Unesco, se souvient-elle, se tenait le même jour, à moins de 5 km de là. Un scrutin tendu et serré, finalement remporté par la Française Audrey Azoulay face aux candidats qatari et égyptien. « Je souriais, et Macron souriait », résume celle qui est aussi ambassadrice du Ghana au Portugal et déléguée permanente du Ghana auprès de l’Unesco, de l’OCDE et de la Francophonie. « Il était de très bonne humeur. »

Expérience(s) parisienne(s)

Anna Bossman a été formée au Ghana, mais elle n’est pas une nouvelle venue en France. Elle connaît même depuis longtemps la villa Saïd, qui abrite les locaux de l’ambassade dans le très chic 16e arrondissement de Paris. Son défunt père fut, entre 1964 et 1967, ambassadeur du Ghana en France. « Et aujourd’hui je suis assise à son bureau », dit-elle. C’est durant ces années passées en France aux côtés de son père qu’elle a appris le français – une langue à laquelle elle emprunte des termes de temps à autre.

C’est aussi à Paris, dans les années 1960, qu’elle fit pour la première fois l’expérience du racisme. Elle se promenait avec une amie française dans les allées du parc Monceau, dans le non moins chic 17e arrondissement, quand deux jeunes garçons moquèrent la couleur de sa peau.

Son amie, raconte-t-elle, a immédiatement pris sa défense. « Elle s’est levée, prête à les affronter, et c’est ce qui m’a donné la force de leur demander ce qu’ils avaient contre les Noirs. » C’est ce jour-là qu’elle se découvre un intérêt – qui ne la quittera plus – pour la protection des droits et des libertés d’autrui.

Rigueur du travail

Avocate spécialisée dans la défense des droits de l’homme et ardente militante anticorruption, Anna Bossman dirige, depuis juillet 2011, le département Intégrité et Lutte contre la corruption de la BAD. Elle avait auparavant occupé neuf années durant le poste de commissaire adjoint puis commissaire par intérim à la Commission sur les droits de l’homme et la justice administrative (en anglais, Chraj) au Ghana.

Pendant son mandat, elle a eu à traiter des affaires importantes, impliquant des membres clés du parti au pouvoir à Accra. « J’ai enquêté sur le fils du président Kufuor, et sur un ou deux de ses ministres, qui ont été contraints de démissionner », explique-t-elle. La rigueur de son travail lui a valu plusieurs distinctions – elle a notamment été promue en mai 2007 officier de l’ordre national du Mérite par le gouvernement français.

Anna Bossman a beau être fière du travail effectué à la Chraj, elle regrette que cette commission ne soit pas habilitée à lancer des enquêtes. « C’est un problème dont j’ai parlé à la Cour suprême », explique-t-elle. En vain, puisque les juges ne l’ont pas suivie. « J’étais en désaccord à l’époque et je le suis aujourd’hui encore. »

Convaincre

Et que pense-t-elle de la demande d’adhésion du Maroc à la Cedeao ? C’est une bonne chose, dit-elle, même si le royaume ne se situe pas en Afrique de l’Ouest. Elle ne cache pas les liens particuliers qui l’unissent à ce pays. « Mon père y a été ambassadeur. Il avait présenté ses lettres de créance au père de Mohammed VI. Le Maroc et le Ghana entretiennent depuis longtemps de bonnes relations, et je pense que cela va continuer. »

La politique ne l’intéresse pas vraiment, mais Anna Bossman semble se sentir bien dans ses nouveaux habits d’ambassadeur. Au lendemain de son entrevue avec Emmanuel Macron, elle a pour la première fois rencontré les membres de la communauté ghanéenne en France, leur décrivant ses objectifs et ses priorités et s’engageant à demeurer accessible. Reste à voir comment cette diplomate, qui marche dans les pas de son père, arrivera à faire la différence et à convaincre.

 

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