Message à transmettre

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Emmanuel Macron lors de sa visite aux troupes de l'opération Barkhane, Gao, Mali, le 19 mai 2017. © Christophe Petit Tesson/AP/SIPA

Le cœur des Africains. Pour qui bat-il en ce moment ? Je pense être en mesure de vous le dire. À Jeune Afrique et, plus encore, à la direction de cet hebdomadaire, nous disposons en effet de plusieurs moyens de connaître la réponse à cette question. En temps réel et avec précision.

Nous voyageons nous-mêmes souvent au nord comme au sud du Sahara, et si nous ne sillonnons pas les pays, nous avons de nombreuses occasions de rencontrer les gens dans leurs capitales et d’écouter ce qu’ils ont sur le cœur. Ils nous parlent en toute confiance.

Les journalistes et les commerciaux du journal nous relatent dans leurs « rapports de mission » lorsqu’ils reviennent de tel ou tel pays africain ce qui s’y dit ou s’y prépare.

Lorsque leurs pas ou les avions les conduisent à Paris, des Africains de toutes catégories viennent à Jeune Afrique. Nous déjeunons ou dînons ensemble et parlons de l’Afrique. Ils nous donnent le pouls de leurs concitoyens, parfois celui d’autres pays africains où ils se sont rendus.

« L’effet Macron », c’est en Afrique qu’il est en ce moment le plus intense « 

Ils sont dans l’opposition ou bien au pouvoir. Bien évidemment nous en tenons compte.

Il y a enfin le courrier ; de moins en moins postal et de plus en plus électronique. Un journal reçoit beaucoup de messages, signés ou anonymes, un grand nombre de réactions. Leurs auteurs écrivent ce qu’ils ont sur le cœur.

Ces dernières semaines, pour la première fois depuis longtemps, le continent parle d’une même voix à ceux qui sont à son écoute.

Des jeunes s’expriment plus fort que les autres, et je vais essayer de vous transmettre leur message en vous conjurant de vouloir bien vous en imprégner, de prendre au sérieux leurs aspirations et le sentiment qu’ils partagent.

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Dès le lendemain de l’élection présidentielle française de mai dernier, à Jeune Afrique, nous avons senti, comme beaucoup d’entre vous, qu’il y aurait « un effet Macron ». Et que telle une vague, il allait se propager d’un continent à l’autre.

Cela n’a pas manqué : les élections législatives autrichiennes du 15 octobre, qui vont porter à la chancellerie du pays un homme nouveau, âgé de 31 ans – Sebastian Kurz –, en sont la manifestation la plus récente.

« L’effet Macron » se fait aussi ressentir en Amérique et en Asie. Mais, indiscutablement, c’est en Afrique qu’il est en ce moment le plus intense.

Tous les échos qui nous parviennent du continent nous le confirment : l’Afrique est frappée de plein fouet par « l’effet Macron ».

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Une forte majorité d’Africains et presque tous les jeunes ont été stupéfaits et ravis de ce qui s’est passé en France à la fin de 2016 et s’est conclu en mai 2017 par l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République.

Ils envient la France et les Français d’avoir produit un homme nouveau – jeune de surcroît –, surgi de nulle part et qui, en un an, a débarrassé son pays des politiciens qui encombraient la scène, parlotant sans agir, se passant le fromage et la soupe, vivant confortablement, alors que leur peuple stagne ou s’appauvrit.

Les Africains en ont assez des dirigeants qui s’éternisent au pouvoir »

L’impossibilité de se représenter dans laquelle s’est trouvé François Hollande est apparue de bon augure aux Africains, presque tous intéressés et bien informés ; les révélations sur les rapports de François Fillon avec l’argent ont apporté des arguments à tous ceux qui supportent mal la corruption de la plupart de leurs dirigeants.

Ici et là, on s’est donc pris à s’interroger : un tel bouleversement est-il possible chez nous ?

Certains en sont arrivés à espérer voir de leur vivant, dans leur pays, quelque chose d’approchant.

C’est que les Africains, en tout cas la très grande majorité d’entre eux, sont las des promesses jamais suivies d’effets, fatigués des hommes politiques, toujours les mêmes depuis trois, quatre, voire cinq décennies, qui les dirigent ou s’opposent à ceux qui « sont aux affaires ».

Beaucoup en sont arrivés à la conclusion que ceux qui prétendent aujourd’hui au pouvoir feraient demain, s’ils y parvenaient, exactement la même chose que ce qu’ils reprochent aux dirigeants actuels de faire.

 Les Africains sont à la recherche d’un leader soucieux de leur dignité « 

Peu leur chaut que le ou les Macron africains soient de gauche ou de droite. Ils en ont assez des dirigeants qui lancent des promesses qu’ils ne tiennent jamais, s’éternisent au pouvoir pendant vingt, trente ou quarante ans, servent leurs proches et la camarilla de leurs courtisans, et laissent leur pays sans infrastructures dignes de ce nom et la majorité de leurs peuples sans soins médicaux, sans logements décents et, surtout, sans espoir.

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Les Africains voudraient voir arriver quelqu’un de jeune, à la tête d’une équipe nouvelle, qui promette de tourner la page et réussisse à les convaincre que, lui, tiendra ses promesses.

Ils ont eu Nasser et l’ont suivi, même lorsqu’il a été vaincu et humilié, parce qu’ils ont vérifié son intégrité et senti qu’il se préoccupait vraiment de leur sort. Et de leur dignité.

Ils ont eu Mandela. Mais il a quitté le pouvoir très vite, et lui succède aujourd’hui quelqu’un qui est son exact opposé.

En un mot comme en mille, les Africains sont à la recherche d’un leader soucieux de leur dignité, qui les respecte, leur redonne de l’espoir. Et tienne parole.

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