Unesco : pari gagné pour Audrey Azoulay

La nouvelle directrice générale de l'UNESCO Audrey Azoulay au siège de l'organisation, à Paris, le 13 octobre 2017. © Michel Euler/AP/SIPA

Contre toute attente, la Française d’origine marocaine, fille du conseiller de Mohammed VI, a remporté le 13 octobre la direction générale de l’Unesco face au Qatari Hamad Al-Kawari.

Audrey Azoulay n’était pas donnée gagnante. Et pourtant, ce 13 octobre, elle l’a emporté avec 30 voix, contre 28 pour le Qatari Hamad Al-Kawari. À 45 ans, la Française d’origine marocaine succède après un scrutin à six tours à la Bulgare Irina Bokova à la direction générale de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).

L’ancienne ministre de la Culture de François Hollande et fille d’André Azoulay, conseiller du roi Mohammed VI, mère de deux enfants et ex-cadre à la direction du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC, une institution majeure du secteur culturel en France), a réussi son pari fou. La France, qu’elle représentait, avait annoncé sa candidature au dernier moment, à la mi-mars.

L’idée lui avait été glissée par des personnalités du monde culturel, et c’est avec le président François Hollande qu’elle a acté la décision. Qui n’a pas ravi les autres prétendants : certains ont souligné que la France enfreignait là une règle tacite qui veut que le pays hôte de l’institution ne présente pas de candidat. Et les pays arabes, qui comptaient fermement installer un représentant de la région à la direction, pensaient que la France allait soutenir une de leur candidature, entre l’irakienne, la libanaise, la qatarie et l’égyptienne.

Concentration absolue

Mais Azoulay a foncé. On lui prête un caractère bien forgé. « À aucun moment elle n’a semblé douter. Elle n’a pas prêté trop d’attention aux autres campagnes pour mieux rester concentrée sur la sienne », nous dit un proche de son équipe. Plus d’une vingtaine de personnes, notamment du Quai d’Orsay, l’accompagnent dans une campagne qui l’emmène dans une trentaine de pays et la fait voyager avec Jean-Yves le Drian, le ministre des Affaires étrangères. Même lorsqu’un courrier accusateur que lui a adressé Jack Lang, lui aussi ancien ministre de la Culture et président de l’Institut du monde arabe (IMA) au mois d’avril, est transmis à plusieurs médias, dont Jeune Afrique, elle ignore la peau de banane et reste appliquée à sa tâche.

Négociations

Le 13 octobre, Azoulay est restée à l’écart dans l’une des petites salles mises à la disposition des candidats. Ses équipes se chargeaient des négociations, « de comprendre qui avait voté pour qui aux précédents tours et qui il fallait approcher », nous explique un témoin. Le Qatari, lui, déambulait dans le couloir avec un aréopage de consultants de diverses nationalités. Azoulay s’en est tenue à une discussion en privé avec la candidate égyptienne, avec qui elle était au coude-à-coude depuis le premier tour du scrutin, le 9 octobre, et qu’elle a évincée dans l’après-midi. Cette dernière l’assure de son soutien face au Qatari. Car si la candidature française l’a emporté, c’est aussi à la faveur de la crise diplomatique que vit le Qatar.

« Le dernier tour, qui opposait Azoulay à Hamad Al-Kawari, a pris des allures de référendum “pour ou contre” le Qatar », nous dit-on du côté d’un staff de campagne. Jusqu’au Quai d’Orsay, la candidature française avait laissé de nombreuses personnes sceptiques. Certains trouvaient la candidature égyptienne, soutenue par l’Union africaine, tout à fait crédible. D’autres remarquaient que la représentante du Liban était aussi française de nationalité. Mais la force de frappe du réseau français à l’étranger jointe aux déboires qataris a ouvert les portes de l’institution à Azoulay. Le 10 novembre, l’assemblée générale de l’Unesco doit entériner le choix des 58 membres du Conseil exécutif. La prise de fonctions d’Azoulay ne sera plus qu’une question de temps et devrait se faire aux alentours du 14 novembre.

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