Diamants : bienvenue à Anvers, royaume du carat

Dans le quartier des diamantaires. © Timothy Fadek/REDUX-REA

La ville, située au nord de la Belgique, maintient sa place privilégiée dans le commerce du diamants, malgré une forte concurrence internationale.

À Anvers, à la nuit tombée, les phares font briller les pavés humides de la Pelikaanstraat. Bien sûr, les devantures des magasins brillent elles aussi de mille feux en raison des pierres précieuses qui y sont exposées, montées en parures, serties d’or blanc ou scintillant en solitaire. Comme le proclame une affichette délicatement apposée sur une vitrine que l’on devine blindée : « Diamonds are forever. »

On ne sait s’ils sont vraiment éternels, mais, dans l’immédiat, ils constituent un fabuleux trésor dont bénéficie toute la province. Le diamant, c’est 10 % du PIB de la Flandre, plus que toutes les activités du port d’Anvers réunies.

Une ville convoitée

Près de la gare, le quartier historique est depuis cinq siècles le triangle d’or de la ville. Dans la Hoveniersstraat, scrutée en permanence par d’innombrables caméras de surveillance, des militaires patrouillent, le doigt sur la détente. C’est le royaume des bijoutiers et des joailliers, des banques, des établissements financiers, des ateliers de taille et des bureaux de négoce plus ou moins anonymes.

Il y a aussi une antique synagogue, mais, dans les échoppes alentour, le poulet tandoori a supplanté le bagel. Les négociants qui vaquent à leurs affaires d’un pas pressé, leurs mallettes soigneusement menottées au poignet, portent rarement la kippa et parlent plus volontiers l’anglais que le yiddish.

« Depuis les années 1970, la communauté indienne a pris le pouvoir », confirme Eddy Vleeschdrager, ancien tailleur devenu consultant et ultime rejeton d’une vieille famille de diamantaires anversois.

Plaque tournante

Cette prédominance indienne a certes bouleversé le marché mondial, mais Anvers reste une incontournable plaque tournante, loin devant Hong Kong et Dubaï. Ses quatre Bourses, dont la plus ancienne fête cette année ses 124 ans, traitent encore 80 % de la production mondiale.

 La différence peut atteindre plusieurs milliers d’euros pour quelques éclats supplémentaires », explique le créateur de Laser Edge

Les pierres viennent de Russie, d’Australie, mais aussi, de plus en plus, d’Afrique. Certains pays comme le Botswana, l’Afrique du Sud ou la Namibie commencent, timidement, à exporter des diamants ouvragés, mais les autres continuent d’expédier leurs pierres brutes à Anvers.

Les plus grosses pierres

La place flamande ne compte plus que 300 centres de taille – cent fois moins que pendant les Golden Sixties –, mais le savoir-faire de ses artisans est tel qu’elle continue de façonner les plus gros diamants, ses concurrents indiens et chinois devant se contenter du tout-venant des gemmes (moins d’un demi-carat).

Des joyaux aussi prestigieux que le Golden Jubilee (545 carats), le Centenary (273 carats) ou le Millenium Star (203 carats) ont été taillés ici. Et le fabuleux Lesedi la Rona (1 111 carats), découvert fin 2015 au Botswana, le sera bientôt.

Technologie de pointe

Face à une concurrence accrue, Anvers a joué la carte de la technologie de pointe. Du coup, son expertise dans la taille de haute précision est sans égale. Il suffit de visiter les locaux de la société Laser Edge pour comprendre qu’on est entré dans une nouvelle ère. Tout ici est impeccablement propre, on se croirait dans une clinique !

Sur le bureau du Sud-Africain Peter Herbosch, le créateur de l’entreprise, l’ordinateur a remplacé le vieux microscope. Sur l’écran, un caillou de 3,4 carats scanné en 3D que Herbosch fait pivoter en tous sens pour trouver les meilleurs angles de coupe.

« Il faudrait obtenir deux pierres d’un carat minimum pour optimiser le prix », explique-t-il. Même si « on ne parle jamais d’argent à Anvers », la différence peut atteindre, paraît-il, « plusieurs milliers d’euros pour quelques éclats supplémentaires ».

La quantité ne fait pas la qualité

Avec la loupe qu’il porte toujours en bandoulière, l’expert scrute une pierre dont il devine sans difficulté l’origine : « Angola, clairement ; ce sont des pierres de très bonne qualité, comme celles qui viennent de Guinée, du Botswana ou de Sierra Leone.

La finesse des diamants congolais est en revanche beaucoup plus incertaine. En fait, ça dépend de la mine… » Pour ceux provenant du Zimbabwe, c’est encore pire : « La production est importante en volume, mais de piètre qualité. »

Diamants de défunts

Sur son sous-main en papier, Peter fait rouler une bille de verre mal dégrossi. « C’est un corps », sourit-il. Depuis 2001, la société américaine LifeGem commercialise des diamants réalisés à partir des cendres de l’être aimé, conjoint ou animal de compagnie, à environ 10 000 dollars (8 344 euros) le demi-carat.

Il ne devrait plus y avoir de pierres naturelles disponibles vers 2100

« C’est beaucoup plus onéreux qu’un diamant synthétique, et environ trois fois moins cher qu’une pierre naturelle », commente Vleeschdrager. Il faut soixante-douze heures pour fabriquer un diamant synthétique, et des siècles pour un diamant naturel. Le premier ne représente encore qu’entre 10 % et 15 % du marché, mais « son usage augmente très rapidement », reprend le tailleur.

Rupture de stock

Les diamants synthétiques sont notamment très utilisés dans l’industrie, pour l’usinage de pièces complexes (composants informatiques, mécanique de précision…). « C’est un nouveau marché, sur lequel Anvers est déjà très bien placé », constate le patron de Laser Edge. Tant mieux pour elle.

Aucun gisement n’ayant été découvert depuis 2000, il ne devrait plus y avoir de pierres naturelles disponibles vers 2100.


La Bharat Diamond Bourse, en Inde

La plus grande Bourse de diamants du monde a été inaugurée en 2010 à Bombay (Inde). Composée de 8 tours de 9 étages, elle s’étend sur 300 000 m2.

Coût : 240 millions de dollars

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