Sénégal : l’huilier Sonacos prépare sa deuxième privatisation

Dans le Sine Saloum, les seccos d’arachides forment de vraies collines pendant la période de traite. © HENRI TABARANT/ONLYWORLD.NET

L’ex-Suneor, renationalisé en octobre 2015, tente de se relancer avant de partir à la recherche d’un nouveau partenaire stratégique.

À quelques jours du démarrage de la campagne 2017-2018 de commercialisation de l’arachide, la Sonacos cherche à lever environ 50 milliards de F CFA (76 millions d’euros) pour financer la collecte des graines oléagineuses et faire tourner ses cinq unités industrielles disséminées dans le pays.

Lors de la campagne précédente, le groupe avait réussi à récolter près de 100 000 tonnes de graines (soit 60 % de la collecte des huiliers) grâce au concours d’une filiale de la Banque islamique de développement (BID). Il espère plus de 200 000 t pour celle qui s’annonce.

Soit infiniment mieux qu’en 2015. Cette année-là, la Sonacos, alors propriété du groupe Advens, d’Abbas Jaber, n’avait pu réunir que 7 000 t pour des capacités de trituration de 300 000 t ! Criblée de dettes (54 milliards de F CFA) et plongée dans une crise profonde, elle avait dû être renationalisée en fin d’année afin d’éviter la faillite, qui aurait menacé l’ensemble de la filière arachidière.

Plan de relance

La feuille de route remise au duo Pape Dieng (directeur général)-Youssoupha Diallo (président du conseil d’administration), arrivé en mai 2016, tenait, en substance, en deux grands axes : redresser l’ancien fleuron national et préparer une nouvelle privatisation.

Dans le détail, le plan de relance de la nouvelle équipe dirigeante, défini avec le gouvernement sénégalais et la Banque mondiale, comprenait un nouvel audit de l’entreprise, le redémarrage des unités régionales, la trituration des 7 000 t d’arachide collectées lors de la désastreuse campagne de 2015, la reprise des activités de raffinage d’huiles brutes d’arachide, de soja et de palme, et l’adoption d’un nouveau modèle d’approvisionnement en graines…

Dix-sept mois plus tard, le bilan est mitigé, même si des avancées ont été enregistrées. Totalement à l’arrêt il y a quelques mois, ses différentes usines de Louga, de Kaolack, de Diourbel et de Ziguinchor, sont aujourd’hui remises en marche, mais à moyen régime.

La contractualisation lancée avec les producteurs a permit de recueillir 3000 t de semences en 2016

La société est en mesure de payer l’ensemble des salaires de ses 350 collaborateurs permanents et a fait travailler plus de 7 000 employés saisonniers et contractuels lors de la dernière campagne de commercialisation.

Et, selon la direction de l’entreprise, la reprise des activités de raffinage de l’huile brute d’arachide à Dakar est prévue d’ici à la fin du mois d’octobre ; de même que celles de conditionnement et de raffinage de l’huile brute de soja et de palme importée, surtout commercialisée sur le marché national.

C’est d’ailleurs cette dernière activité qui assure la rentabilité de l’huilerie ; elle escompte un bénéfice net de près de 700 millions de F CFA à l’issue de sa première opération de commercialisation d’huile de soja raffinée.

Toutefois, pour la nouvelle équipe dirigeante, l’approvisionnement en graines était l’équation la plus difficile à résoudre. « C’est l’aspect qui intéresse le plus le gouvernement sénégalais », explique Youssoupha Diallo.

La collecte 2016 a donné des résultats encourageants grâce au processus de contractualisation lancé avec les producteurs. Ce programme test consiste à leur fournir 3 000 t de semences et la même quantité d’engrais. En retour, ils s’engagent à livrer leurs graines à Sonacos.

Déficit à combler

L’autre enjeu était de trouver de l’argent frais afin d’alimenter sa trésorerie. « Beaucoup ont pensé, à tort, que la Sonacos a bénéficié d’argent frais provenant du gouvernement. Il nous a apporté sa garantie, et nous nous débrouillons pour le reste », tient à préciser le président du conseil d’administration.

La dette bancaire de Sonacos a été ramenée à environ 40 milliards de F CFA, selon Pape Dieng

Chose guère aisée, car au moment de son retour dans le giron étatique, en plus des dettes, elle accusait des fonds propres négatifs à hauteur d’une vingtaine de milliards de F CFA. Pour dérouler son programme, la nouvelle équipe avait, dans un premier temps, pris l’option de céder une partie de son patrimoine foncier – 4 hectares, évalués entre 15 et 19 milliards de F CFA –, situé sur le port de Dakar.

Finalement, en raison d’un retard dans le transfert de tous les actifs de l’entreprise d’Avdens à Sonacos, l’option de la location du site l’a emporté sur celle de la cession. En vertu d’un accord récemment scellé, l’opérateur portuaire DP World Dakar exploitera le site pour une durée de trois ans en contrepartie du versement d’un montant de 4,2 milliards de F CFA.

Aujourd’hui, d’après Pape Dieng, la dette bancaire de Sonacos a été ramenée à environ 40 milliards de F CFA, même si cette restructuration ne s’est pas faite sans difficultés. Actuellement, l’État sénégalais attend d’Afreximbank un prêt de 100 millions d’euros, qui permettra d’éponger la totalité de la dette bancaire de l’entreprise.

La direction de Sonacos doit d’urgence renouveler son outil industriel, totalement obsolète

Moderniser les outils industriels

Pour réussir son plan de relance, la direction de Sonacos doit également d’urgence renouveler son outil industriel, totalement obsolète. À tel point que l’huilerie a d’ailleurs dû, à un certain moment, sous-traiter une partie de ses activités de trituration à la West African Oils (WAO).

Mais, au regard de sa situation financière, il lui est pour l’heure difficile de pouvoir assurer les investissements nécessaires de modernisation de ses installations, estimés à 15 milliards de F CFA. Pourtant, ce volet est essentiel dans le cadre de toute nouvelle privatisation de l’un des anciens fleurons de l’industrie de transformation du pays.

La question a d’ailleurs, ces dernières semaines, fait le miel de la presse locale, qui a relayé la rumeur d’un appel d’offres international pour la reprivatisation, appel qui aurait été lancé à l’issue d’une réunion du conseil d’administration de l’entreprise, le 20 septembre dernier à Dakar. « Il n’en est rien ! », réfute Youssoupha Diallo, qui reconnaît néanmoins que la Banque mondiale préconisait une vente quasi immédiate.

Les autorités sénégalaises ont, quant à elles, toujours défendu l’idée d’une reprise différée. Échaudées par l’échec de la privatisation précédente, elles cherchent visiblement à s’entourer du maximum de précautions et, surtout, à garder un œil sur une filière arachidière stratégique pour la stabilité socio-économique du monde rural.

Aujourd’hui, le processus est enclenché, et les deux parties se sont entendues sur l’échéance de la fin de l’année 2018. En attendant, il faudra boucler, d’ici à deux mois, l’audit qui devra déterminer – via un cahier des charges ­– les modalités de la future cession à un partenaire stratégique.

Dans ce dossier, Dakar a réaffirmé son objectif principal : Sonacos doit redevenir la locomotive d’une filière arachidière restructurée dans le respect des intérêts nationaux.

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