Si La Haye jugeait un ex-chef d’État français…

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Christophe Boisbouvier est journaliste à RFI et collaborateur de Jeune Afrique.

L'oeil de Glez © Damien Glez

Nicolas Sarkozy devant la Cour pénale internationale [CPI] ? C’est ce que réclame le Front international des sociétés civiles panafricaines [Fispa] – le regroupement d’une quinzaine d’organisations qui vient de se créer à Bamako.

Mobile de la plainte, déposée par un avocat le 7 octobre sur le site internet de la CPI : l’assassinat du colonel Kadhafi, le 20 octobre 2011 à Syrte. « Nicolas Sarkozy a entraîné l’Occident dans une guerre en Libye qui a abouti à l’effondrement de ce pays, à la mort de Mouammar Kadhafi et à la perte de 50 000 vies humaines », explique le reggaeman guinéen Elie Kamano, l’un des fondateurs du Fispa aux côtés de l’artiste ivoirien Tiken Jah Fakoly et du rappeur sénégalais Simon Kouka.

L’attaque n’est pas nouvelle. En décembre 2014, lors de la première édition du Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique, à Dakar, le Tchadien Idriss Déby Itno avait ouvert le feu en lâchant : « Le travail en Libye, les Occidentaux et l’Otan l’ont bien achevé puisqu’ils voulaient tuer Kadhafi et qu’ils l’ont tué ! Le problème, c’est qu’ils n’ont pas assuré le service après-vente. » Réplique de Nicolas Sarkozy, quelques mois plus tard : « Je ne suis pas sûr qu’Idriss Déby soit tout à fait le mieux placé pour me donner des leçons. Je rappelle que l’intervention en Libye a eu lieu avec un mandat de l’ONU et l’accord de la Ligue arabe. “Service après-vente” ? En juillet 2012, il y a eu des élections gagnées par les modérés. Je suis parti en mai 2012. C’était donc à moi de m’en occuper après ? »

La nouveauté, c’est que le camp des anti-Sarkozy s’élargit. Jusqu’à présent, le Français était surtout la cible des chefs d’État africains qui, pour certains, regrettaient les largesses du « Guide » et, pour d’autres, comme le Tchadien Idriss Déby Itno et le Sud-Africain Jacob Zuma, avaient bâti un partenariat stratégique avec la Libye du bouillant colonel. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy est aussi dans le viseur de la société civile africaine. Il faut dire que, depuis son calamiteux discours de Dakar sur les Africains, qui « ne sont pas assez entrés dans l’Histoire », l’ancien président français est rejeté par l’opinion publique du continent.

L’occident critiqué

La plainte contre Sarkozy est un joli coup médiatique. Mais le véritable objectif du Fispa est de mobiliser la rue contre les chefs d’État tentés par une présidence à vie. « Cela fait plus de quarante ans que Faure et sa famille sont au pouvoir au Togo. Que Faure démissionne », lance Tiken Jah Fakoly. « En Guinée, des gens au sein du gouvernement commencent à demander à Alpha Condé de faire un troisième mandat, et, comme le président ne dit rien, on se dit qu’il y a un agenda caché », déclare de son côté Elie Kamano.

N’est-il pas contradictoire de dénoncer les cinquante ans de pouvoir de la famille Gnassingbé au Togo et de regretter la chute du colonel qui régnait d’une main de fer sur la Libye depuis quarante-deux ans ? « On ne regrette pas Kadhafi en tant que dictateur, réplique du tac au tac Elie Kamano. On regrette le fait qu’un pays africain ait été attaqué par un pays occidental. On veut que les criminels en Afrique soient jugés par les Africains et soient assassinés par les Africains. » En somme, sus aux anciennes puissances coloniales – la France est intervenue en Libye avec la Grande-Bretagne – et à leur nouvel impérialisme. L’Afrique aux Africains. Une exception tout de même : la cour de La Haye, vers qui se tourne le Fispa, n’en déplaise à tous les chefs d’État anti-CPI.

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