Agroalimentaire : Dieudonné Kamdem s’accroche sur le marché camerounais de la farine

Par - Modifié le 27 octobre

« Un visionnaire doublé d’un redoutable négociateur », selon Rémi Depoix, fondateur de Céréalis. © Antoine Moreau-Dusault pour JA

Face aux investissements de ses concurrents, le patron de Sadipin lance sa contre-offensive. Et poursuit tous azimuts la diversification de son groupe.

Après l’arrivée d’Olam en 2011 sur le marché national de la farine, la Société camerounaise de transformation de blé (SCTB), filiale du groupe Société africaine de distribution et de promotion industrielle (Sadipin), était l’un des derniers grands meuniers à ne pas avoir réagi.

Le singapourien avait investi 60 millions de dollars pour construire, à la sortie ouest de Douala, une minoterie. Opérationnelle depuis 2015, l’usine produit 500 tonnes de farine par jour.

Dans la foulée, la Société le Grand Moulin du Cameroun (SGMC, filiale de Somdiaa) avait été le premier acteur du marché à riposter en augmentant sa capacité à 600 tonnes par jour. Puis, toujours en 2014, la Société industrielle de transformation de blé au Cameroun (Sitrab.Cam) lui avait emboîté le pas, suivie deux ans plus tard par La Pasta, de Célestin Tawamba. Entre-temps, le Moulin Coq Rouge, du tycoon camerounais Baba Ahmadou Danpullo, avait lui aussi décidé de réinvestir – plus de 6 milliards de F CFA (environ 9 millions d’euros) – afin de rénover une minoterie.

Un homme bâtisseur

À son tour, Dieudonné Kamdem, fondateur de Sadipin, a décidé de lancer sa contre-offensive. La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), la Société générale Cameroun et la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit (Bicec, groupe BPCE) viennent de lui octroyer un financement de 9,9 milliards de F CFA pour acquérir une nouvelle ligne de transformation du blé. En 2016, son usine, dont la capacité journalière d’écrasement est de 360 tonnes, s’arrogeait 9,5 % du marché camerounais.

La minoterie est par ailleurs en attente du renouvellement de son deuxième moulin (240 tonnes par jour).Si la production camerounaise est actuellement supérieure à la demande nationale, il s’agit pour les industriels d’atteindre une taille critique leur permettant de faire des économies d’échelle et de se positionner sur le marché des exportations. Dieudonné Kamdem, son fondateur – qui n’a pas souhaité répondre aux sollicitations de Jeune Afrique –, n’avait pas le choix pour continuer d’exister dans un secteur encore plein de promesses.

« La concurrence est très rude, mais au Cameroun le potentiel de développement de la consommation de pain est très élevé. Les acteurs qui auront investi et misé sur cette croissance seront les leaders de demain », analyse Rémi Depoix, le fondateur du négociant français Céréalis, qui compte plusieurs minotiers camerounais dans sa clientèle.

La construction d’une usine hors du Cameroun est une première pour ce fils de paysan qui a débuté dans les affaires dans les années 1980 en vendant de l’huile de palme à Baham.

En parallèle de ses investissements dans le secteur de la farine, Dieudonné Kamdem poursuit la diversification de son groupe, confirmant son titre de « Nyap Ngoung » (« bâtisseur ») que lui ont attribué les habitants de Baham, son village natal, en pays bamiléké.

En juin, le président Faustin-Archange Touadéra l’a reçu à Bangui pour évoquer l’implantation d’une minoterie en Centrafrique. Mais le projet se heurte pour le moment à la mise à disposition du terrain. L’initiative ne fait pas que des heureux, à commencer par les importateurs de farine.

La construction d’une usine hors du Cameroun est une première pour ce fils de paysan qui a débuté dans les affaires dans les années 1980 en vendant de l’huile de palme à Baham.

Très rapidement, celui qui est encore parfois surnommé Kam Matches (« Kamdem, l’homme des allumettes ») développe une activité d’importation d’allumettes dans la ville voisine de Bafoussam, la capitale provinciale de l’Ouest, avant de rejoindre Douala.

Progressivement, à partir du début des années 1990, l’entrepreneur va constituer un groupe en prenant pied dans l’industrie grâce à la SCTB. « C’est un visionnaire doublé d’un redoutable négociateur », confirme Rémi Depoix, avec qui il fait des affaires depuis bientôt deux décennies.

Source : Sadipin © Infographie Jeune Afrique

Il est partout…ou presque

Le quinquagénaire poursuit désormais des projets tous azimuts, même s’il refuse de communiquer sur ses ambitions. Présent dans la production de sel, la fabrication de produits cosmétiques et d’emballages, la vente de gros, la grande distribution et l’immobilier, son groupe a reçu l’année dernière plus de 3 milliards de F CFA du Fonds africain de garantie et de coopération économique (Fagace) pour bâtir une usine de production de détergents dans la zone industrielle de Bassa, à Douala.

« Il a décliné le poste de maire qu’on lui proposait pour services rendus afin de mieux se consacrer à ses affaires », soutient un homme politique de la région.

En cours également la construction d’une usine de transformation laitière à Bekoko, à la sortie ouest de la capitale économique camerounaise.

Dans cette réussite, difficile de mesurer l’influence de la politique sur la marche des affaires de ce discret mais généreux donateur du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).

En septembre 2013, son implication dans la campagne des législatives et municipales fut décisive pour la victoire du parti au pouvoir à Baham, dans le département des Hauts-Plateaux. « Il a décliné le poste de maire qu’on lui proposait pour services rendus afin de mieux se consacrer à ses affaires », soutient un homme politique de la région.

Il n’en conserve pas moins un intense engagement dans cette localité, où il siège au Conseil supérieur Baham, une instance chargée de prodiguer avis et conseils au chef traditionnel.

Le ballon rond constitue l’autre passion de ce riche homme d’affaires, qui préside pas moins de deux équipes évoluant dans la ligue professionnelle : les Astres Football Club de Douala, dont le nom provient de l’une des marques de farine de la SCTB, et Fovu Club de Baham.

C’est à son fils aîné, Stéphane, à la tête de la branche grande distribution (supermarchés Kado) du groupe familial, qu’il a confié la gestion du club de Douala. La complicité entre les deux hommes est évidente.

Faut-il y voir le signe d’un prochain passage de relais ? Sans doute plutôt la volonté de transmettre un peu de son expérience et de lui donner davantage de visibilité. La retraite, elle, n’est semble-t‑il pas encore d’actualité pour Dieudonné Kamdem.

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