Faut-il préférer les chefferies de nos aïeux à des démocraties de pacotille ?

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Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

Uhuru Kenyatta, lors d'un rassemblement électoral à Nairobi le 9 septembre 2017. © Ben Curtis/AP/SIPA

En septembre, toute l’Afrique, du moins celle qui croit en l’équité, était aux anges lorsque le pouvoir judiciaire kényan, usant des prérogatives que lui reconnaît la Constitution, a annulé l’élection présidentielle remportée par le président sortant, Uhuru Kenyatta.

C’était une grande première sur notre continent, où les élections sont toujours contestées. Et nous avions tous applaudi, malgré les propos indignes de Kenyatta – dont le prénom signifie « indépendance », en swahili – à l’égard des juges. Le fils de son père avait sans doute oublié les violences postélectorales durement réprimées par les forces de l’ordre – du désordre, plutôt – et qui ont coûté la vie à une trentaine de Kényans dont le seul tort était de croire en la démocratie.

Nous attendions donc tous la reprise de l’élection présidentielle pour voir lequel des deux fils à papa – Kenyatta ou Raila Odinga – allait l’emporter à la régulière.

Las, aux dernières nouvelles, Odinga a quitté l’arène en arguant que la commission électorale, accusée d’avoir tripatouillé les résultats du scrutin précédent, n’a pas reçu le moindre coup de balai.

Ah, Odinga, vous avez tué le suspense ! Si vous ne changez pas d’avis, nous ne saurons jamais qui de vous ou de votre rival pèse de tout son poids sur la scène politique de votre pays.

Un pas en avant, cent pas en arrière, c’est troublant comme stratégie. Avez-vous peur de devenir président ? Ce n’est pas grave, feu votre père n’y est pas arrivé non plus. Si vous avez décidé de prendre une retraite anticipée, dites-le-nous, et nous tournerons la page.

Une révision partisane de la Constitution en Ouganda

Qui n’a pas vu ces scènes de pugilat entre les députés de la majorité et ceux de l’opposition en pleine Assemblée nationale ougandaise ? La pomme de discorde est classique : une révision partisane de la Constitution.

Celle-ci prévoit une limite d’âge pour les candidats à la prochaine élection présidentielle. Or Yoweri Kaguta Museveni, au pouvoir depuis 1986, ne pourra plus briguer un énième mandat à cause de son âge.

Mais son camp ne l’entend pas de cette oreille. D’où sa détermination à fausser les règles du jeu par le biais d’une révision constitutionnelle sur mesure.

Y parviendra-t‑il ? C’est plus que plausible : la majorité use et abuse aussi bien de l’intimidation que de la violence. Comme si le destin d’un pays ne pouvait reposer que sur les épaules d’un seul homme, aussi « fort » soit-il !

Le rôle des Constitutions sur le continent

Cela m’amène à vous demander ce que valent les Constitutions dans la majorité de nos pays. Pour moi, ce sont des coquilles vides que n’importe quel fanfaron utilise pour essuyer ses chaussures pleines de boue avec le soutien inconditionnel – comme c’était le cas à l’ère des partis uniques – d’une armée de courtisans et de prédateurs invétérés.

Comme moi, vous entendez chaque jour les discours creux des fossoyeurs de la démocratie dans plusieurs pays africains. Quand cela les arrange, ils courent après la communauté internationale. Lorsque celle-ci les tance, ils crient à l’ingérence et crachent sur la loi fondamentale.

Toute honte bue, ils refusent de reconnaître qu’ils n’ont aucune notion de ce qu’on appelle bonne gouvernance. Ils préfèrent plutôt s’engluer dans la turpitude au détriment de millions de vies sacrifiées sur l’autel de ce qu’un ami disparu qualifiait de « macaquisme ».

Plutôt que de prôner une démocratie de pacotille, ils feraient mieux de transformer les Républiques en chefferies, comme du temps de nos aïeux. La chefferie a ceci d’avantageux qu’elle est héréditaire et appartient à une seule famille.

Elle n’a pas besoin de partis ni d’élections. Ainsi nous serions en phase avec nous-mêmes, hommes et femmes de la forêt et de la savane. Qui dit mieux ?

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