« L’île au poison venimeux », une fiction au cœur de la société mauricienne signée Barlen Pyamootoo

Un bateau en bord de mer à l'île Maurice. © Fabien Mollon/J.A.

Mais où est Anil, vendeur de saris ? La question tourmente sa femme, Marni. Bientôt, c’est tout son entourage, dans la ville mauricienne de Flacq, qui s’interroge, lance une battue dans une atmosphère empreinte de mystère et de superstitions.

Une noyade, un accident, un enlèvement, un crime crapuleux, une maîtresse ? Pas une hypothèse n’est écartée. Et aucun coupable potentiel n’échappe au détecteur d’états d’âme de l’auteur et du sergent Ram Siparsad, chargé de l’enquête.

Un tableau subtil et contrasté de la société mauricienne

Braquant tour à tour la suspicion sur les employées d’Anil, sur ses amis, et même sur sa propre épouse, Barlen Pyamootoo dessine un tableau subtil et contrasté de la société mauricienne. Sur cette île « au poisson venimeux », c’est en réalité un « poison venimeux » – les vices et secrets de chaque personnage, qui en font de potentiels suspects – que distille l’auteur.

Tous pourraient avoir des raisons d’avoir fait disparaître Anil, ou au moins de savoir ce qu’il est advenu de lui. Le style singulier de cette grande figure de la littérature mauricienne – le flot des idées est continu, les phrases souvent interminables – forme finalement une caisse de résonance aux questionnements incessants de toute une communauté.

Un retour à la fiction

L’écrivain, également réalisateur du premier film mauricien, Bénarès, adapté de son premier livre, signe ici son retour à la fiction près de dix ans après Salogi’s. Mais comme dans ce dernier ouvrage consacré à la vie de sa mère, morte dans un accident d’autobus, le spectre des disparus et d’un deuil impossible plane sur son œuvre.

L’Île au poisson venimeux, de Barlen Pyamootoo, Éditions de l’Olivier, 174 pages, 17 euros