Comment préserver le continent des auditeurs peu scrupuleux ?

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Jude Fejokwu est fondateur, directeur général en chef de Thaddeus Investment Advisors.

Johannesburg, Afrique du Sud © Wikimedia Commons

La relation commerciale la plus troublante est celle dans laquelle une société A est rémunérée par une société B, mais l’allégeance de la première est censée aller à une entité d’intérêt public et s’attend que l’intégrité de sa profession prévale sur des intérêts purement commerciaux.

Les auditeurs sont payés par leurs clients, mais le public d’investisseurs est censé croire que les états financiers certifiés de ces derniers respectent les normes d’honnêteté et de transparence requises. L’histoire nous montre que la fidélité des cabinets d’audit va avant tout au client qui paie.

L’Afrique a besoin d’auditeurs fiables pour que ses Bourses deviennent des marchés développés, attirant des investissements locaux substantiels. Le continent est déjà suffisamment à la traîne, et les mauvaises nouvelles sont bien plus relayées que les bonnes. Les résultats financiers certifiés des entreprises doivent donner la priorité à la vérité et à l’exactitude, sans allégeance au client.

Pour une refonte radicale des pratiques d’audit

L’augmentation du nombre des différends comptables et des faillites d’entreprises liées à des défaillances dans le travail des auditeurs souligne la nécessité d’une refonte radicale des pratiques d’audit pour les entreprises publiques dans les plus grandes économies du continent. Quelques pistes : chaque pays africain doté d’une Bourse devrait par exemple mettre en place, via la loi, un « conseil de surveillance de l’audit des entreprises publiques ».

Celui-ci opérerait comme une société privée à but non lucratif. Ce conseil superviserait l’audit des entreprises publiques, et la loi l’établissant devrait inclure une clause bloquant son abrogation par les gouvernements qui se succèdent. De même, les entités d’intérêt public (EIP) ne devraient plus pouvoir choisir leurs auditeurs, cette mission reviendrait au conseil de surveillance, qui devrait établir une rotation entre les cabinets tous les huit ans voire plus souvent. Les EIP ne devraient plus payer leurs vérificateurs directement ni déterminer leur rémunération.

Un besoin de transparence

Autre mesure pouvant aider à introduire davantage de transparence dans ce domaine : les géants mondiaux de l’audit (PwC, EY, KPMG et Deloitte) ne devraient plus être juridiquement distincts des entreprises locales d’audit qui utilisent leur nom. Si l’un d’entre eux refusait de respecter cette règle, il devrait alors couper tous les liens commerciaux avec sa filiale locale et cette dernière devrait immédiatement changer de nom.

Une fois la distinction légale entre filiale et maison mère faite, les parties potentiellement lésées devraient être en mesure de poursuivre les deux entités. Par ailleurs, les auditeurs devraient être exclus de la gouvernance des entreprises et ne devraient pas avoir le droit de réaliser d’études et de rapports sur des industries impliquant les EIP. Par exemple, KPMG Nigeria réalise régulièrement des classements sur le secteur bancaire au Nigeria. Zenith Bank gagne généralement, et KPMG est l’auditeur de Zenith Bank…

 Des « conseils de surveillance des compagnies d’audit »

Les cabinets d’audit ont pendant longtemps fonctionné librement. Le moment est venu de les maîtriser pour protéger les marchés financiers. Les États ont créé des prisons pour nous protéger contre les personnes dangereuses. En Afrique, ils devraient créer des « conseils de surveillance des compagnies d’audit » dotés des pouvoirs nécessaires pour nous protéger contre un réseau d’auditeurs considérés comme peu fiables.

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