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"Cet article est issu du dossier" «Mali : dernière ligne droite avant la présidentielle»

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Mali – Adama Traoré : « La culture, rempart essentiel contre l’intégrisme »

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Adama Traoré est un comédien et dramaturge malien, né en février 1962 à Sikasso. Diplômé de l’Institut national des Arts (INA) de Bamako, où il fut professeur d'art dramatique de 1989 à 1999, il est le président-fondateur de la compagnie Acte Sept (Sensibilisation, éducation, promotion théâtrale), qui, depuis 1996, organise tous les deux ans le festival du Théâtre des réalités, à Bamako.

adama traore (envoyée oar lui) © elaine lafond

Depuis l’éclatement de la crise au Mali, début 2012, des artistes et des acteurs culturels de tous bords multiplient les initiatives et les créations pour valoriser la diversité et promouvoir la paix. Le renforcement du secteur culturel devrait être un axe majeur de toute stratégie de sortie de crise. Rempart essentiel contre l’intégrisme, la culture aura aussi un rôle majeur à jouer dans la construction d’une paix durable.

La réconciliation exigera que toutes les communautés puissent s’exprimer librement et s’écouter mutuellement. Un secteur culturel dynamique peut faire beaucoup à cet égard. Il peut ouvrir les esprits, les aider à se comprendre et à se respecter. Il peut casser les cloisonnements, faire fondre les antagonismes.

Lorsque des artistes se produisent un peu partout, l’occasion est donnée aux gens de les découvrir, de s’exprimer eux-mêmes, de se rencontrer autour d’une œuvre d’art ou d’activités culturelles. Cela peut tout changer en matière de cohabitation.

Un secteur culturel actif sur toute l’étendue du territoire, ce sera aussi plus d’emplois. Ils procureront des revenus modestes, mais dans des localités très pauvres ce complément sera vital.

Des expériences ont déjà été faites en ce sens. Elles ont été très enrichissantes et ont permis de distribuer un peu d’argent à 1 500 jeunes des cercles de Douentza, de Diré, de Niafunké, de Goundam et de Tombouctou via des activités artistiques.

L’impact de la culture

Au sein de ma compagnie Acte Sept, j’ai pour ma part écrit et mis en scène une pièce de théâtre, Air Accord, afin de susciter le débat autour de l’accord d’Alger de 2015 pour la paix et la réconciliation au Mali.

La tournée que nous avons organisée nous a permis de rencontrer des populations très diverses dans le nord comme dans le sud du pays pour débattre du vivre-ensemble. Le succès de cette expérience est la preuve de l’intérêt que la culture suscite et de son impact positif sur la société malienne.

Parmi les résultats que l’on souhaite obtenir, il en est cependant un auquel tous les acteurs du secteur donnent la priorité : le maillage du territoire en centres culturels. Ces espaces d’animation dynamiques pourraient jouer un rôle actif dans la mise en valeur des expressions culturelles locales, le soutien à la création, la diffusion des artistes, l’accès des populations à des biens culturels ou encore la promotion de pratiques artistiques en amateur.

Des centres et des espaces qui viendront enfin « infrastructurer nos cultures », comme l’a formulé le Burkinabè Joseph Ki-Zerbo. Ils pourront servir de pépinières pour les jeunes talents et les jeunes entrepreneurs culturels. Un travail en réseau leur permettra d’élargir leur offre et de promouvoir le dialogue interculturel.

Sirabo : « Tracer la route »

C’est le sens du projet Sirabo – qui signifie « tracer la route », en bambara –, lancé par Acte Sept dans la région de Sikasso à la suite de concertations avec les acteurs culturels et de la mise en place de bureaux dans les sept cercles de la région. Depuis octobre 2015, chaque mois, un groupe d’artistes – comédiens, danseurs, conteurs, musiciens, acrobates… – est programmé pour faire le tour des cercles avec son spectacle.

Des artistes régionaux sont invités à se produire lors de chaque représentation, et 40 % des recettes reviennent au bureau local. L’évaluation de la première saison (octobre 2015-mai 2016) a permis d’engager un plaidoyer pour que la dimension culturelle soit prise en compte dans le programme de développement local.

Les autorités maliennes et leurs partenaires ont montré leur détermination à chasser les ennemis déclarés de la vie culturelle. Puissent-ils se montrer aussi déterminés à soutenir les acteurs qui s’évertuent à l’animer et mettre à leur disposition, sur toute l’étendue du territoire, des outils de travail appropriés.

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