Chine : Xi Jinping, le Poutine de l’empire du Milieu ?

Xi Jiping,un leader omniprésent sur les murs de Shanghai comme dans toutes les grandes villes. © Utuku/ROPI-REA

Le 19e congrès du Parti communiste s’ouvre ce 18 octobre. Au programme : modernisation économique, raidissement idéologique et confirmation du pouvoir, désormais sans partage, du président Xi Jinping.

Après Mao Zedong et Deng Xiaoping, Xi Jinping a fait son apparition dans le panthéon chinois. À l’approche du 19e congrès du Parti communiste, qui s’ouvrira le 18 octobre à Pékin, les « pensées politiques » de l’actuel président ont été ajoutées au texte de la Constitution aux côtés de celles de ses illustres prédécesseurs.

Véritable rouleau compresseur, Xi écrase tout sur son passage depuis cinq ans. Tous ceux qui lui disputaient le contrôle du Parti, et donc de l’État, ont été balayés. On le voit partout, tout le temps. Chaque soir dans le journal télévisé de la chaîne d’État, à la une de tous les quotidiens, dans les librairies, où trône sa biographie officielle, et bien sûr dans les rues des grandes villes jalonnées de posters géants à son effigie.

Des rivaux écartés

« Il se voit désormais comme l’égal de Mao et de Deng. L’un des enjeux du prochain congrès sera de recenser les citations de son nom dans les textes adoptés », commente le politologue Zhang Lifan.

Son objectif ? Rester le maître incontesté de la Chine jusqu’en 2022, au moins. Certains parient en effet sur un scénario « à la Poutine » qui permettrait à Xi de se maintenir au pouvoir au-delà des deux mandats de cinq ans auquel il a constitutionnellement droit. Ce serait une révolution.

Depuis 2012, il a plus ou moins violemment écarté tous ses rivaux. De Bo Xilai, l’ancien ministre du Commerce, condamné à une peine de réclusion à perpétuité, aux dirigeants des plus grandes entreprises du pays, dont certains ont carrément « disparu » après leur arrestation par la police.

200 cadres supérieurs du Parti emprisonnés

Bref, le ménage a été fait. Et bien fait. Plus de deux cents cadres supérieurs du Parti ont été emprisonnés, tandis que plusieurs dizaines de milliers de « moucherons », comme l’on surnomme ici les cadres subalternes, ont été emportés par une énorme vague anticorruption. Le nouvel empereur a fait le vide autour de lui.

« Le congrès va lui servir à asseoir définitivement son pouvoir en plaçant ses plus proches alliés aux postes de commandement », estime l’universitaire Chen Daoyin, de Shanghai. Le dernier à avoir fait de la résistance se nomme Sun Zhengcai.

Patron du PC de la mégapole de Chongqing (32 millions d’habitants), il a été supplanté par Chen Miner, un proche parmi les proches du président. De même, huit ministres ont été écartés depuis le début de l’année, quatre nouveaux dirigeants nommés au Conseil d’État, et de nouveaux chefs du PC intronisés dans 23 provinces sur les 31 que compte le pays.

 Le président a soif de pouvoir mais pas seulement à des fins personnelles. Il veut laisser une trace, instaurer de vrais changements dans le pays », estime le politologue Steve Tsang

Parmi ces derniers, 15 ont travaillé dans le passé avec Xi dans différentes provinces (Fujian, Zhejiang, Shanghai) ou à l’école du Parti. Les 14 autres sont des amis d’amis… Toutes les provinces sont désormais sous contrôle, rien n’échappe plus à l’emprise du président. Les maires de Pékin, Shanghai, Tianjin et de la plupart des grandes villes comptent également parmi ses fidèles.

« Le président a soif de pouvoir mais pas seulement à des fins personnelles. Il veut laisser une trace, instaurer de vrais changements dans le pays », estime Steve Tsang, un autre politologue.

Des innovations économiques et politiques

Pour cela, il lui faut impérativement contrôler tous les rouages. Quelles innovations souhaite-t‑il engager ? Elles sont de deux ordres : économique et politique. Xi Jinping veut conforter la place de la Chine à la table des grandes puissances économiques en réformant de fond en comble les entreprises d’État : fusions, dégraissages, nouvelles technologies, robotisation…

Zhong Shan, l’un de ses proches, a remplacé Gao Hucheng au ministère du Commerce. Et Xu Shaoshi, 65 ans, patron de la puissante Commission nationale pour la réforme et le développement (NDRC), l’organe central de planification économique, a été contraint de s’effacer devant He Lifeng, 62 ans, dont la route avait déjà croisé celle du patron, à l’époque (durant les années 1980) où Xi était vice-maire de Xiamen (Sud).

Enfin, le financier Guo Shuqing, 61 ans, a succédé à Shang Fulin, aujourd’hui à la retraite, à la tête de l’autorité de régulation bancaire (CBRC). Il était depuis 2013 le gouverneur de la dynamique province du Shandong (Est), après avoir régulé dans les années 2000 le marché des changes.

13 millions d’emplois créés dans la « nouvelle économie »

Les nouveaux venus ont du pain sur la planche alors que les menaces s’accumulent sur le système financier chinois : dette publique et privée dépassant 270 % du PIB, bulle immobilière, émission par les banques de produits de gestion de fortune mal régulés…

Mais les réformes commencent à porter leurs fruits. Treize millions d’emplois ont ainsi été créés l’an dernier dans les nouvelles technologies et, plus largement, la « nouvelle économie », alors que, dans le même temps, 12 millions de postes étaient supprimés dans la sidérurgie et le secteur manufacturier à bas coûts.

En politique, les réformes sont en revanche beaucoup moins spectaculaires. Certains redoutent même une régression, un retour aux abominations de la Révolution culturelle. Xi exhorte ainsi le PCC à renforcer sa mainmise idéologique sur les étudiants.

« Promouvoir le socialisme à la chinoise »

À l’en croire, l’enseignement supérieur doit être « au service du régime » et « promouvoir le socialisme à la chinoise ». Les cours de politique et de marxisme ont fait leur grand retour dès l’école primaire et sont même sanctionnés par des examens. Sur internet, la censure se renforce, tandis que les espaces de liberté se réduisent inexorablement. Quant aux dissidents, ils sont soit morts, soit emprisonnés, soit contraints à l’exil.

Subsiste-t‑il néanmoins des foyers de résistance ? Oui, surtout parmi les victimes des purges et des réformes. Plus de 200 000 manifestations ont lieu chaque année à travers le pays. Elles sont le plus souvent durement réprimées, à l’abri des objectifs des caméras.

« La révolution n’est pas un dîner de gala », disait naguère Mao Zedong. Son successeur est manifestement du même avis.


Eldorado africain

La nouvelle « route de la soie » fait les gros titres des médias, mais on oublie parfois qu’elle ne se limite pas aux confins de l’Asie centrale. Presque la moitié des investissements chinois prennent en effet le chemin de l’Afrique et contribuent à la construction d’un vaste réseau d’infrastructures : ports, routes, voies ferrées, aéroports et autres.

L’Afrique de l’Est en est le principal bénéficiaire, ce qui explique l’ouverture cette année à Djibouti de la première base militaire chinoise à l’étranger. La Chine n’est pourtant pas coutumière des ingérences dans les affaires intérieures des autres pays.

Dans la Corne de l’Afrique, 10 000 soldats de l’Armée populaire de libération devraient ainsi être déployés à terme afin de protéger les investissements et les expatriés chinois. D’autres bases pourraient voir le jour en Namibie ou à Madagascar. Des négociations sont en cours.

Dans ce domaine comme dans d’autres, Xi Jinping entend imprimer sa marque. Patron de la Chine, il l’est déjà. Patron du monde, il aspire sans doute à le devenir.

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