Moussa Mara, ex-Premier ministre : au Mali, « la centralisation frise l’irrationnel »

Moussa Mara, candidat à l'élection présidentielle au Mali prévue pour 2018. © Vincent Fournier/JA

Ancien Premier ministre, comptable de formation, Moussa Mara a accepté de répondre aux questions de Jeune Afrique au sujet de la révision constitutionnelle, du mandat d'IBK, de la prochaine élection présidentielle au Mali, et de la sécurité dans le pays.

Ministre de la Politique de la ville en 2013, Premier ministre d’avril 2014 à janvier 2015, le président de Yéléma (« le changement », en bambara) continue de soutenir la majorité présidentielle « par fidélité à son mandat moral ». Ce qui ne l’empêche ni d’être critique ni d’avouer à demi-mot son intention de se porter candidat en 2018. Son objectif : dépasser les clivages traditionnels pour rassembler le Nord et le Sud, la société civile et l’appareil d’État, et les mobiliser autour d’un pôle centriste fort, qu’il compte bien incarner.

Jeune Afrique : Quel bilan faites-vous du mandat d’Ibrahim Boubacar Keïta ?

Moussa Mara : Le président a respecté son engagement de consacrer 5 % du budget de l’État à l’agriculture, ce qui fait du Mali un exemple pour l’Afrique. D’autres dossiers peinent à aboutir, notamment celui du déploiement de l’État dans le nord du pays. L’Administration est aujourd’hui moins présente sur le territoire qu’en 2012.

C’est en 2015 qu’il aurait fallu lancer la révision constitutionnelle

Que pensez-vous du débat sur la révision constitutionnelle ?

Une réforme est indispensable. Notre Constitution a presque trente ans et l’accord de paix exige sa refonte. Mais ceux qui se sont emparés du dossier l’ont mal géré. En 2014, dans ma déclaration de politique générale, j’avais recommandé de procéder suffisamment tôt à cette révision pour que le débat ne soit pas pollué par les élections. Il aurait fallu lancer ce chantier en 2015. En politique, le timing compte beaucoup.

Par ailleurs, dans le premier projet proposé, on sentait une volonté inutile de présidentialiser un peu plus notre régime. Selon moi, on devrait plutôt proposer que le président ne puisse plus dissoudre le Parlement et que ce dernier ait un droit de regard sur certaines nominations. Bref, en finir avec le présidentialisme.

Serez-vous candidat en 2018 ?

Il est probable que Yéléma participe à l’élection. Mais je pense qu’aucun parti ne devrait se lancer seul dans une telle aventure. Il faut essayer de concourir à la tête d’un mouvement où la société civile non partisane ait sa place.

Si vous vous présentez, quels seront vos axes de campagne ?

Il y aura la décentralisation. Notre pays est vaste, très vaste, et la concentration y frise l’irrationnel. L’État doit épouser la diversité territoriale et humaine. En tant qu’ex-élu municipal et en tant que conseil des collectivités locales dans le privé [il est expert-comptable], je sais ce que pèse la centralisation : 80 % des dépenses publiques sont déboursées selon des plans entièrement pensés depuis la capitale. Or l’accord de paix est clair : 30 % des ressources publiques devraient être allouées aux collectivités locales – moi, j’irais même jusqu’à 40 %.

Je réfléchis à la possibilité de concentrer en un seul ministère les services de police et de l’armée

La sécurité est une autre priorité, quand on voit la situation dans le nord et le centre du pays. De par mon passage à la primature et grâce au parti, dont les relais dans les institutions sécuritaires me permettent d’avoir une analyse de la situation, j’affirme en connaissance de cause que l’armée a trop été mobilisée pour « faire le job » des services de sécurité et de la police. Aujourd’hui, je réfléchis à la possibilité de concentrer en un seul ministère les services de police et de l’armée, le temps de tout réorganiser.

Certains vous reprochent de mettre trop en avant votre « islamité »…

Je suis croyant et je ne dissimule pas ma foi. Et je ne partage pas l’avis de ceux qui pensent qu’il faudrait se cacher pour aller à la mosquée. Les valeurs religieuses peuvent être convoquées en politique, ce n’est pas un problème. Pourquoi l’État se priverait-il de tenir un discours religieux ? Il doit au contraire avoir une réelle politique du culte et organiser la vie religieuse. En revanche, il ne faut pas laisser passer les manifestations négatives de la religiosité et, lorsqu’elles se présentent, reprendre la main sans attendre.

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