Sénégal : la pollution visuelle à Dakar, défigurée par l’affichage publicitaire anarchique

Une pollution visuelle qui envahit le paysage. Ici, devant le phare des Mamelles de Dakar © Youri Lenquette

Partout dans la capitale, les panneaux publicitaires prolifèrent dans la plus parfaite anarchie. Au grand dam des riverains et des professionnels, qui réclament une réglementation. En vain.

Le long des principales artères menant au centre-ville, aux abords des sites touristiques, dans les quartiers périphériques, affiches, pancartes et panneaux sont omniprésents. Vantant qui un magasin, qui un service, qui un événement, la plupart se dressent au mépris de toute réglementation. Et hérissent le poil des Dakarois. « Jadis considéré comme faisant partie du “mobilier urbain”, l’affichage à Dakar est devenu totalement anarchique », déplore Cheikh Ahmed Tidiane Niang, le patron de Carat, une agence spécialisée dans l’achat d’espaces publicitaires.

Outre la pollution visuelle et les problèmes de sécurité (il n’est pas rare qu’un panneau s’effondre lors d’intempéries), cette prolifération menace désormais la viabilité des professionnels de la publicité. Plus précisément, de ceux dont c’est l’activité officielle. Ces derniers considèrent que ceux dont ce n’est pas le métier exercent une activité informelle qui vient court-circuiter celle des agences légalement agréées par le ministère de la Communication.

Aucune loi pour encadrer le secteur publicitaire

Tous dénoncent l’absence de réglementation ou, plutôt, de son application. Car il existe bel et bien une loi (no 83-20 du 28 janvier 1983), censée encadrer le secteur de la publicité. Sauf que, trente-quatre ans après son adoption, celle-ci n’a toujours pas été suivie d’un décret d’application. « La loi prévoit la mise en place d’une “entité centrale” chargée d’encadrer les activités publicitaires, à l’instar de l’Agence malienne de presse et de publicité [Amap] ou du Conseil supérieur de la publicité [CSP] en Côte d’Ivoire. Dans ces pays, personne n’ose plus faire de publicité sans passer par les agences, dont les activités sont bien réglementées », explique Mohammed Badiane, le porte-parole de l’Association professionnelle des régies publicitaires du Sénégal (APRPS).

 Les opérateurs, de plus en plus nombreux, rivalisent pour assurer la promotion de leurs produits ou services

Dopé par le dynamisme économique et la montée en puissance de la classe moyenne, vivier de consommateurs, le marché de la publicité s’est considérablement développé ces dernières années. Et les opérateurs, de plus en plus nombreux, rivalisent pour assurer la promotion de leurs produits ou services et attirer le chaland, quitte à s’en charger eux-mêmes. Alors que l’APRPS compte une vingtaine de membres, une myriade de pseudo-afficheurs hissent leurs annonces dans les lieux les plus passants et les plus stratégiques.

« Aujourd’hui, des entreprises du secteur de l’agroalimentaire ou des écoles supérieures de commerce font directement leur publicité et n’hésitent pas à disposer leurs propres panneaux où bon leur semble », constate Mohammed Badiane, qui regrette qu’à l’absence de réglementation s’ajoute le manque de volonté politique : « Nous avons rencontré le ministre de la Communication, notre autorité de tutelle, celui des Collectivités locales, le Premier ministre, le préfet, l’Association des maires du Sénégal… Rien n’y fait. »

Les Dakarois veulent un code de la publicité

Le problème s’est complexifié avec l’avènement de l’acte III de la décentralisation, en 2014, instituant des communes de plein exercice. Auparavant, la mairie centrale de Dakar délivrait les autorisations et percevait les taxes publicitaires, désormais chacune des dix-neuf communes d’arrondissement gère l’attribution de ce sésame et encaisse la redevance qui va avec – autant dire qu’elles ne sont pas très regardantes et rechignent rarement à le délivrer.

Alors que nombre de Dakarois s’avouent excédés, le temps est semble-t‑il venu de prendre des dispositions, non plus seulement pour rendre concrète et applicable une loi adoptée en 1983 mais pour l’adapter à la fois aux règles élémentaires de l’urbanisme, aux nouvelles réalités de la société de consommation et à celle du marché de la communication.

« Il suffirait juste de créer un cadre réglementaire qui définisse les clauses d’attribution des emplacements, les distances et les formats à respecter », martèle Cheikh Ahmed Tidiane Niang, qui estime qu’au-delà de cette problématique il serait bon que les pouvoirs publics et les professionnels se penchent sur l’élaboration d’un code de la publicité.