Tunisie – Dominique Mataillet : « Il aurait fallu que je devienne musulman en bonne et due forme »

Dominique Mataillet © Fatma Ben Hamad/JA

Journaliste à Jeune Afrique, marié à une franco-tunisienne depuis des années, Dominique Mataillet explique les raisons qui l'ont amené à l'époque à ne pas légaliser son mariage en Tunisie.

Une date m’est restée en mémoire : juillet 1993. Un amendement du code du statut personnel allait permettre aux Tunisiennes mariées à des étrangers de transmettre leur nationalité à leurs enfants nés hors du pays. Dans les colonnes de Jeune Afrique, dont j’étais alors l’un des journalistes, j’avais salué cette nouvelle avancée en faveur des droits des femmes et en avais attribué le mérite à Zine el-Abidine Ben Ali, qui, ce faisant, se posait en digne successeur de Bourguiba. Si elle n’avait l’air de rien, cette disposition sonnait comme une petite révolution, puisqu’elle consacrait l’égalité des sexes dans le domaine particulièrement sensible de la filiation.

C’est ainsi que mon épouse, qui possède les nationalités française et tunisienne, a pu obtenir sans difficulté – la seule condition étant que le père donne son consentement – que nos deux enfants nés dans la région parisienne deviennent tunisiens. Ce qui, pour eux, sans même penser aux aspects matériels de cette disposition juridique, constituait un motif de fierté.

Questions sur la légalisation de son mariage

Mon mariage, pourtant, n’était pas reconnu en Tunisie. Pour qu’il le fût, il aurait fallu que je devienne musulman en bonne et due forme. Or, si je me suis converti à l’islam il y a fort longtemps, au Sénégal précisément, je n’ai jamais eu les « papiers ». Mieux valait éviter d’entreprendre la démarche à Paris, la Grande Mosquée imposant un véritable parcours du combattant aux Français désireux d’embrasser la religion de Mohammed pour des raisons maritales. Il ne m’aurait pas été difficile de me faire délivrer un certificat de conversion en Tunisie. Des proches m’avaient même mis en relation avec le grand mufti de la République. Il suffisait de réciter la chahada, la profession de foi, pour être admis dans la Oumma, la communauté des croyants…

Pourquoi ne l’ai-je pas fait ? Par fierté, probablement, puisque je considérais que j’étais déjà bel et bien musulman. Mais aussi parce que j’avais vent d’un flou juridique et savais qu’il y avait une possibilité de faire reconnaître un mariage « mixte » sans le fameux document. Sauf que je n’en voyais pas l’utilité.

Depuis plus de trente ans, je voyage partout en Tunisie avec mon épouse sans le moindre problème. Dans les hôtels, elle présente son passeport français. Jamais personne ne s’est étonné de son nom de jeune fille typiquement tunisien. Jamais personne n’a posé de question sur notre situation au regard de la loi tunisienne. Bien sûr, si je devais, qui sait, m’établir en Tunisie, je n’hésiterais plus à demander la légalisation de mon mariage.