FMI : le casse-tête du Congo-Brazza

Le président congolais, Denis Sassou-Nguesso, en 2012. © Maxim Shipenkov/AP/SIPA

La patronne du Fonds s'est dite disposée à porter assistance à Brazzaville. Mais les négociations s'annoncent tendues...

Fini le jeu de cache-cache. Le 19 septembre, à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Denis Sassou Nguesso a, selon des sources gouvernementales, réaffirmé à Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, « sa volonté et sa détermination à engager des négociations avec son institution ». Réponse de son interlocutrice : « Nous sommes tout à fait disposés à soutenir le Congo dans le cadre des règles de nos engagements habituels vis-à-vis des autres pays. »

Après avoir tenté pendant plusieurs mois de trouver une alternative à un programme d’ajustement avec le Fonds, le Congo s’est donc résolu à lui demander assistance. Avant de quitter Brazzaville pour les États-Unis, le chef de l’État congolais avait ainsi nommé par décret une commission chargée de mener ces négociations. Elle est composée de deux comités : l’un politique, dirigé par le Premier ministre, Clément Mouamba, et l’autre technique, présidé par le conseiller spécial du président aux Financements extérieurs, Lucien Ebata, patron de la société de trading Orion Oil.

Mais les discussions s’annoncent serrées. Pour plusieurs raisons. À commencer par l’ampleur de l’endettement du Congo, estimé à 120 % du PIB (le seuil fixé par la Cemac est de 70 %), incluant sa condamnation – contestée par Brazzaville – à verser 1,05 milliard d’euros à la société de travaux publics Commissions Import Export, de l’entrepreneur libanais Mohsen Hojeij.

Emprunts

Les échanges entre le Congo et le FMI s’annoncent tendus également à cause des difficultés à retracer la globalité de cette dette, contractée par plusieurs acteurs. Alors que seul le ministre des Finances est habilité à endetter le Congo à l’international, deux autres acteurs sont entrés en lice : le ministère de l’Aménagement du territoire et des Grands travaux (ex-DGGT) et la Société nationale des pétroles (SNPC). Cette dernière a réalisé des emprunts gagés sur le pétrole auprès de plusieurs sociétés de négoce. Selon l’ONG suisse Public Eye, Gunvor a par exemple octroyé à la SNPC 750 millions de dollars, qui n’ont pas été utilisés pour les investissements de l’entreprise, mais pour une autre société.

Mission

Une bonne partie des créances n’ayant pas été remises à la Caisse congolaise d’amortissement (CCA), l’organe technique du ministère des Finances chargé du suivi et de la gestion de la dette publique, il est compliqué d’en faire un état précis. Début septembre, le FMI a demandé aux autorités congolaises de lui faire parvenir des informations complémentaires portant entre autres sur les contrats de prêts conclus avec Glencore, Trafigura, United Bank for Africa, Afreximbank, la Turquie ou encore avec la Chine.

Le Fonds a aussi demandé au gouvernement de lui fournir le tableau d’exécution du budget de l’État à fin de juillet 2017, celui de la dette intérieure par catégorie de créanciers et celui de la balance des paiements, reflétant la dette gagée sur le pétrole entre 2014 et 2017.

Une fois les documents réunis, le FMI en fera l’analyse puis enverra une mission à Brazzaville pour travailler à une restructuration de cette dette. C’est à cette condition que le conseil d’administration du FMI validera un programme d’assistance au Congo.

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