Maroc : Thales s’enracine dans les hautes technologies

Immeuble Thales, la Défense, octobre 2016. © Michel Euler/AP/SIPA

Le groupe français d’aéronautique et de défense ouvre une usine d’impression 3D à Casablanca. Un investissement très apprécié par les autorités alors que l’industriel ne manque pas de projets dans le royaume.

L’industrie 4.0 en terre chérifienne signée Thales… Le ministre de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy, ne boudait pas son plaisir le 7 septembre lors de l’inauguration de la première usine du groupe au Maroc. Un site d’impression 3D de pièces pour l’aéronautique ou le spatial. « L’industrie mondiale est lancée dans une révolution technologique. Le Maroc veut participer à cette mutation et non se contenter d’opérations à faible valeur. Le partenariat avec Thales et cette usine en sont l’illustration », se réjouit-il.

Pourtant, le site casaoui, à première vue, ne chamboulera pas l’industrie aéronautique marocaine et son milliard de dollars de chiffre d’affaires. Implanté sur 1 000 m2 dans la zone franche Midparc, à proximité des usines Bombardier ou Stelia, filiale d’Airbus, Thales Impression 3D n’emploie qu’une dizaine d’ingénieurs. Plus que la taille, c’est le contenu qui importe. Thales y a déployé des technologies dernier cri en « fabrication additive », le nom véritable de l’impression 3D. Le site sur lequel seront investis entre 15 et 20 millions d’euros intègre déjà deux machines laser – une dizaine à terme – du groupe américain 3D Systems (3DS), issues de sa filiale Phenix à Riom, en Auvergne.

Produits haut de gamme

Ces bijoux, valant environ 1 million d’euros l’unité, fabriquent grâce à un faisceau laser des composants d’avion ou de satellite à partir de poudre d’aluminium ou de titane. « Cela permet de produire des pièces au design complexe irréalisables sinon », lance Jean-Claude Derbes, le directeur du site. Des modules de moins de 25 cm voués aux besoins de Thales, avant la quête de clients extérieurs. « Ce site 100 % connecté intègre aussi les technologies de l’industrie du futur, poursuit Jean-Claude Derbes, et notamment notre plate­forme digital factory, tout juste lancée. » De vastes écrans dans l’usine tracent ainsi en direct les indicateurs de process. Les ingénieurs peuvent en outre affiner la maquette numérique des pièces en temps réel avec des bureaux d’études situés n’importe où dans le monde. « C’est la seule usine Thales de ce type dans le monde, indique Pierre Prigent, patron de Thales Maroc. Cela montre notre engagement envers le royaume. »

Le Maroc est avant tout un pays de croissance

De fait, le groupe, présent dans les télécoms jusqu’à son retrait de cette activité voilà quinze ans, s’enracine de plus en plus dans le pays. Un mouvement initié par un accord-cadre signé avec le royaume fin 2011 portant sur l’augmentation des achats au Maroc, les partenariats industriels, les transferts de technologie et la coopération universitaire. Le groupe a ainsi noué des liens avec l’université internationale de Rabat. Il accueille aussi trois thésards sur Midparc, dont l’un de l’INSA Euro-Méditerranée de Fès, une école dotée d’un laboratoire de fabrication additive. Les ingénieurs de Thales 3D ont pour leur part été formés durant presque un an en Europe.

Un nouvel accord avec un pays africain

Quant à savoir si ce tropisme marocain est lié à des engagements pris vis‑à-vis du royaume, au vu des gros contrats impliquant Thales ces dernières années, le groupe dément vigoureusement. Pour rappel, le Maroc, où l’industriel a installé son siège pour l’Afrique en 2011, a pris livraison début 2014 d’une frégate Fremm fabriquée par DCNS dans laquelle les technologies Thales pesaient pour un tiers. « Le Maroc est avant tout un pays de croissance », soutient Pierre Prigent… sans dévoiler son niveau d’activité.

Le groupe a par exemple remporté auprès de l’office des chemins de fer l’équipement en GSM-R du TGV avec Huawei, un marché de 30 millions d’euros. Il a aussi réalisé la billetterie du tramway de Casablanca (mais vient de perdre son extension face à Xerox) et s’impose comme partenaire régulier de l’Office national des aéroports.


Un hub pour la cybersécurité

Sept ingénieurs travaillent pour Thales sur ce sujet à Rabat. Au vu des commandes en cours, la direction prévoit d’employer au moins 20 personnes d’ici à un an. Marchés ciblés : les banques, les grandes entreprises comme OCP ou les administrations, et même les commissions électorales. Le coût horaire des ingénieurs marocains permet de présenter des offres aux pays africains. Thales a décroché un contrat au Mozambique et en espère d’autres à Madagascar et au Cameroun.

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