Mariages mixtes en Tunisie : le tour de force de Ghazi Jeribi

Par - à Tunis

Le politicien réformateur de 61 ans, en 2016, à Tunis. © Ons Abid pour JA

Le ministre de la Justice tunisien a abrogé la loi interdisant aux femmes d’épouser un homme non musulman. Une avancée majeure.

Désormais, une Tunisienne musulmane pourra se marier à un non-musulman, quelle que soit sa nationalité et sans que celui-ci doive se convertir à l’islam, comme l’y contraignait la circulaire n°216 du 5 novembre 1973, dite « circulaire 73 ».

Son abrogation, réclamée ardemment par une frange de la société civile, notamment par les mouvements féministes, est devenue effective le 14 septembre, un mois après que le président de la République, Béji Caïd Essebsi, l’a requise lors d’un discours prononcé à l’occasion de la Fête de la femme, le 13 août. La nouvelle a provoqué un tollé chez les imams, pour lesquels le mariage est scellé par le Coran… mais qui oublient qu’avant 1973 les unions interreligieuses ne gênaient pas les oulémas.

Tour de force

Cheville ouvrière de cette démarche historique, le ministre de la Justice, Ghazi Jeribi, a su opérer avec une telle discrétion que la demande présidentielle semblait n’avoir été qu’un feu de paille. Mais c’est bien mal connaître sa volonté de juguler les iniquités en conformité avec la loi.

Cet ancien magistrat diplômé de la Sorbonne, à Paris, spécialiste de droit public, a effectué l’essentiel de sa carrière au sein du Tribunal administratif tout en occupant des charges à la tête d’institutions telles que le Conseil de la concurrence et en enseignant le droit. Nommé ministre de la Défense en 2014 sous le gouvernement Jomâa, puis à la Justice en août 2016, ce père de trois enfants s’emploie, à 61 ans, à mettre en place les réformes et à moderniser la justice.

Après avoir reçu une notification officielle du chef du gouvernement pour annuler le texte, l’ex-champion de basket s’est appuyé sur les principes de liberté et d’égalité hommes-femmes gravés dans la Constitution pour que les citoyennes bénéficient des mêmes droits que leurs homologues masculins concernant le mariage. Il a ensuite instruit toutes les parties concernées de l’abrogation des règlements qui accompagnaient la circulaire.

Un tour de force quand on connaît les lenteurs administratives en Tunisie.

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