Libye : les membres de la famille royale aussi divisés que le pays

Des manifestants dans les rues de Benghazi en 2011. © Bernat Armangue/AP/SIPA

Longtemps discrète et mesurée, la famille royale de Libye n’en souhaite pas moins prendre sa part dans la reconstruction nationale. Mais ses principaux membres sont aussi divisés que le pays.

Le destin d’Idriss Senoussi s’est joué à peu de chose. En novembre 1970, alors que le jeune garçon, âgé de 13 ans, est en résidence surveillée à Benghazi, Kadhafi décide de l’expédier avec ses frères à Tripoli pour garder un œil sur la descendance mâle de la famille royale. Mais, à la suite d’une bévue de leurs gardes, les enfants se retrouvent dans un vol d’Alitalia pour Rome… Presque quarante-sept ans plus tard, ce fils d’un cousin et proche conseiller du roi Idriss Ier fait à nouveau parler de lui, mais cette fois de son propre chef.

Le sexagénaire propose en effet un retour à la Constitution de 1951, avec un « chef d’État intérimaire » – dont il se propose de remplir les fonctions – dépourvu de tout pouvoir exécutif, législatif ou militaire, mais capable de rassembler les Libyens pendant une période de transition de deux à quatre ans au bout de laquelle les citoyens choisiraient entre la monarchie et la république.

Idriss Senoussi affirme s’appuyer sur la légalité : « La Constitution de 1951 a été suspendue par Kadhafi, mais elle n’a jamais disparu. Depuis 2011, nous n’avons qu’une déclaration constitutionnelle. Je demande donc simplement un retour à l’État de droit. » L’homme d’affaires, qui a notamment travaillé dans le pétrole, se prévaut d’un carnet d’adresses bien fourni – il a rencontré ces dernières semaines le président de l’Union africaine et les ministres des Affaires étrangères tunisien et algérien. Il est cependant peu probable que les Libyens s’enthousiasment pour ce énième plan de sauvetage annoncé le 7 septembre lors d’une conférence de presse à Tunis.

Si le retour de la famille royale n’est pas réclamé à cor et à cri par la population, elle occupe toujours une place importante dans l’imaginaire national. « La descendance Senoussi constitue un repère rassurant, estime Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye à l’université Paris-VIII. De nombreux Libyens relativement modérés et démocrates y voient un motif d’espoir. Ils pensent qu’un vieux symbole comme la monarchie Senoussi “catalysera” un consensus et permettra peut-être de sortir de l’impasse. »

Un débat au sein de la famille royale

Fils du prince héritier Hassan Senoussi, décédé en 1992, Mohamed Senoussi, 54 ans, est le successeur direct au trône. Après une longue période passée en résidence surveillée, la famille royale fut autorisée, en 1988, à s’installer à Londres. Mais Mohamed Senoussi fait profil bas et évite de jouer les opposants. Après la révolution, il a été très clair, déclarant qu’il n’accepterait de prendre la couronne que si le peuple l’exigeait par un vote. Ce qui ne l’empêche pas de cultiver son aura dans le pays à travers le Mouvement national pour le retour à la légitimité constitutionnelle, lequel réclame, comme Idriss, que l’on revienne au texte de 1951, mais avec les amendements de 1963, lesquels font de la Libye non plus une monarchie fédérale mais un État plus centralisé. « D’abord, la monarchie n’a jamais été révoquée par le peuple. Ensuite, Mohamed Senoussi n’est pas perçu comme le candidat d’une tribu, d’une ville ou d’un parti, c’est un homme indépendant », plaide Fathi Sikta, l’un des plus fervents partisans de l’héritier.

Dans notre famille, comme dans toutes les familles libyennes, il y a des rivalités et des divisions », confie Idriss Senoussi.

Ahmed Zuber, petit-neveu du roi, joue sur un tout autre registre. Il a passéMais dans notre famille, comme dans toutes les familles libyennes, il y a des rivalités et des divisions trente et un ans dans les geôles de Kadhafi et a été membre du Conseil national de transition (CNT) pendant la révolution. Il n’a jamais voulu quitter la Cyrénaïque chère à son cœur, au point qu’il est devenu l’un des plus influents partisans du mouvement fédéraliste, qui exige une très large autonomie des régions. À 83 ans, Zuber, marqué par des années de détention et de torture, ne rêve pas de pouvoir mais cultive la nostalgie de la Libye idéalisée de son enfance où les chefs de tribu étaient puissants. « Le roi était respecté car c’étaient les chefs de tribu qui l’avaient adoubé », rappelle Fouad Senoussi, un cousin de Zuber.

Idriss Senoussi propose une solution médiane à partir des positions de sa parenté : un retour à la Constitution du temps du roi, mais sans les amendements, afin de satisfaire les exigences des fédéralistes. « Nous sommes cousins, précise Idriss Senoussi. Nous nous parlons régulièrement. Mais dans notre famille, comme dans toutes les familles libyennes, il y a des rivalités et des divisions. »

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