Comment le Nigeria est devenu le nouvel eldorado de la Chine

Wang Yi, ici avec le président nigérian, M. Buhari, le 11 janvier. © Azeez Akunleyan/AP/SIPA

Face à la baisse des investissements occidentaux, le pays le plus peuplé d’Afrique se tourne sans réserve vers le « géant asiatique ».

Prendre le train entre Abuja et Kaduna est désormais possible. En moins de trois heures. La capitale du Nigeria et l’un des grands centres économiques du Nord sont reliés depuis l’année dernière. Une petite révolution : jusqu’au lancement en grande pompe de cette nouvelle ligne, les voies ferrées, auparavant supplantées par les transports aériens et routiers, tombaient en déshérence depuis plusieurs décennies. « C’est grâce aux Chinois que ce petit miracle a été accompli », s’enthousiasme Emeka Ugwu, un homme d’affaires nigérian qui utilise chaque semaine cette ligne. La Chine l’a portée sur les fonts baptismaux, tout comme elle va remettre en état celle qui relie les deux grandes villes du Sud-Ouest : Lagos et Ibadan. Les aéroports de Lagos, Abuja, Kano et Port Harcourt sont également en réfection : là encore, le marché a été gagné par les Chinois. Et, avant la fin de l’année, Abuja sera dotée d’un métro présenté comme le premier d’Afrique de l’Ouest : encore une réalisation chinoise.

Lorsque les Occidentaux rechignent à financer un projet, le président Muhammadu Buhari sait qu’il peut toujours compter sur les prêts à taux préférentiels venus de Chine. Une nouvelle stratégie mise en œuvre en partie par son prédécesseur, Goodluck Jonathan : face à la baisse des financements américains et à la fuite des investisseurs occidentaux dans le Nord pour raisons sécuritaires, ce dernier s’est finalement résolu à prendre langue avec le géant asiatique. Signe de la bonne santé des relations sino-nigérianes, la visite en janvier du chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, lors de sa dernière tournée africaine. « Les Chinois sont présents partout, même dans le Nord », confirme un diplomate américain.

Côté télévision, le groupe StarTimes domine ainsi le marché du Nord. Même lorsque les Nigérians n’ont pas payé leur abonnement, ils continuent à recevoir gratuitement la CCTV (télévision chinoise en mandarin, en anglais et en français).

Les conséquences de la présence chinoise

Une expansion non sans conséquence pour l’industrie locale – comme l’ont vécu d’autres pays africains avant le Nigeria. Ainsi, les produits chinois inondent désormais le marché, au point de « tuer » l’industrie textile, qui employait jusque dans les années 1990 plus de 100 000 personnes dans le Nord, notamment à Kano.

Mais, contrairement à ce qui se passe ailleurs sur le continent, ils ne vivent pas reclus dans des « Chinatowns », ces quartiers communautaires que l’on trouve par exemple à Alger et à Johannesburg. Ils ont ouvert des restaurants et des hôtels jusqu’au fin fond du pays yorouba (Sud-Ouest). « Désormais, on croise des métis [sino-nigérians] un peu partout. Ils s’intègrent vraiment bien », souligne l’écrivaine Lola Shoneyin.

Même si le premier producteur de pétrole africain, fort de ses 190 millions d’habitants, regorge de promesses, la Chine n’y cherche pas que des marchés. Elle développe aussi une diplomatie d’influence, notamment à travers l’institut Confucius, présent au cœur de l’université de Lagos. Les grands noms de la politique ou de la culture et de l’économie sont régulièrement invités en Chine. Pékin envisage également d’ouvrir une école de cinéma à Lagos et de développer des coproductions sino-nigérianes. Aucun domaine d’activité n’échappe ainsi à l’appétit de Pékin. Même pas Nollywood.