Mauritanie : Abdelaziz et Bouamatou, cousins ennemis

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Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

Le président Ould Abdelaziz, à Nouakchott le 29 novembre 2012. © AMI pour JA

Le président Mohamed Ould Abdelaziz s’est dit satisfait que les réformes constitutionnelles qu’il préconisait aient été adoptées par le peuple mauritanien à la majorité de 85,6 % des suffrages exprimés, lors du référendum du 5 août.

On l’imaginait pressé de mettre en place les nouveaux conseils régionaux, désormais substituts du Sénat et préalable à une décentralisation bienvenue. Pourtant, à Nouakchott, l’heure est plutôt à la répression postélectorale. Le 1er septembre, des journalistes, des syndicalistes et une sénatrice ont été placés sous contrôle judiciaire. Un sénateur, Mohamed Ould Ghadda, a été maintenu en détention. Tous sont soupçonnés d’avoir reçu ou distribué de l’argent de Mohamed Ould Bouamatou, principal homme d’affaires du pays, en exil volontaire à Marrakech et cousin détesté du chef de l’État, pour faire capoter la révision constitutionnelle projetée. Les autorités ont même annoncé l’émission d’un mandat d’arrêt international contre lui.

S’opposer à une telle réforme n’a en soi rien de répréhensible. N’est-ce pas le b.a.-ba de la démocratie que l’opposition puisse s’opposer ? Mais l’incrimination de corruption pose d’autres questions. Selon la rumeur nouakchottoise, des sénateurs ont accepté de voter non au projet présidentiel en échange de 5 000 euros car le chef de l’État avait refusé de leur allouer les deux ans et demi de salaires qu’ils réclamaient à titre de dédommagement pour la suppression de leur assemblée. Mais selon la même rumeur, des sénateurs avaient reçu auparavant du gouvernement un terrain à lotir, voire une licence de pêche pour voter oui.

Générosité tous azimuts de Mohamed Ould Bouamatou

Si le président veut débusquer tous ceux qui ont profité des largesses de Bouamatou, il va avoir du pain sur la planche ! Depuis de nombreuses années, l’homme d’affaires fait preuve d’une générosité tous azimuts. Il a financé moult organisations caritatives, un ou deux hôpitaux, des écoles, des médias, des mosquées, des partis et des élus de tous bords, l’armée, quand elle manquait de moyens pour combattre les jihadistes, et quelques candidats à l’élection présidentielle, dont – toujours selon la rumeur – l’actuel président, avant que leurs relations ne tournent à l’aigre.

Comment faire le tri entre dons « convenables » et dons « subversifs » ? Et comment soutenir que ces fonds sont d’origine étrangère alors qu’ils proviennent du patrimoine d’un milliardaire mauritanien ?

En lançant cette chasse aux sorcières, le chef de l’État poursuit un objectif précis : couper le canal financier par lequel Bouamatou pourrait peser sur la présidentielle de 2019, à laquelle Ould Abdelaziz ne peut se présenter. Mais il serait tout de même bien avisé de garder à l’esprit ce proverbe : « Celui qui cherche la vengeance devrait se souvenir qu’il lui faut creuser deux tombes. »