Cinéma : « O Ka », autobiographie familiale du réalisateur malien Souleymane Cissé

Dans O Ka, Souleymane Cissé raconte le basculement du Mali dans la guerre. © © LES FILMS CISSÉ - SISÉ FILIMU

Dans son dernier film, O Ka - « Notre maison » -, le grand cinéaste malien, Souleymane Cissé mêle à la fois autobiographie, documentaire et fiction.

Considéré par beaucoup comme le plus grand cinéaste subsaharien depuis les indépendances, Souleymane Cissé suscite bien des espérances chaque fois qu’on annonce son retour derrière la caméra. D’autant que l’auteur de Yeelen (« La Lumière », en bambara) – prix spécial du jury en 1987 à Cannes – et de tant d’autres films – de Den Muso (« La Jeune Fille ») à Finyè (« Le Vent ») en passant par Baara (« Le Travail ») – n’a plus réalisé de long-métrage marquant depuis l’échec commercial et pour partie artistique de l’ambitieux Waati (« Le Temps »), il y a une vingtaine d’années.

Depuis, un téléfilm, plutôt réussi mais qui n’ajoute rien à la gloire de son auteur, sur le thème de la vie compliquée d’une famille polygame de Bamako en 2009 – Min Yé (« Dis-moi qui tu es ») – et un témoignage en forme d’hommage personnel et chaleureux à Ousmane Sembène – O Sembène – n’ont fait qu’attiser l’impatience des admirateurs du réalisateur malien.

Entre fiction et réalité

La sortie de son septième long-métrage a mis du temps à se concrétiser : il a fallu deux ans après la présentation d’O Ka (« Notre maison ») en avant-première au Festival de Cannes pour qu’un distributeur prenne le risque de le présenter au grand public. Il est vrai que le sujet du film semble ne pas avoir de portée universelle. L’histoire autour de laquelle s’organise ce documentaire, qui frôle souvent la fiction, est un épisode de la vie familiale de l’auteur.

Il nous est conté dès les premières images, où l’on voit, en 2008, des policiers déloger manu militari quatre femmes octogénaires de leur maison de Bozola, à Bamako. Les protestations de ces vieilles dames, les sœurs de Cissé, finiront en un sit-in courageux et déterminé dans la rue de ladite maison, où est né le réalisateur et où vivait déjà son grand-père Sékou au début du XXe siècle.

 

 

Inspiré par l’histoire de son pays et sa vie personnelle

Le contenu du film ne se limite pas à la narration caméra au poing de ce déguerpissement scandaleux. Car le réalisateur, outre qu’il dénonce la corruption et les pratiques foncières délictueuses, propose dans O Ka une sorte d’autobiographie tournée vers le passé – il y évoque le temps heureux de son enfance – et vers l’avenir – ses petits-enfants occupant souvent le devant de la scène.

Et il n’hésite pas à faire un parallèle entre le sort de sa famille et celui de son pays, victimes de dénis de justice : le Nord-Mali n’est-il pas passé sous la coupe de jihadistes qui ont chassé de chez eux des milliers de leurs compatriotes ? La dimension métaphorique de ce film, attachant mais relativement mineur, d’un immense cinéaste qui n’arrive plus à financer ses projets mais ne renonce pas pour autant à tourner, n’est pas des plus convaincantes.

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