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Côte d’Ivoire : branle-bas de combat au RDR

Le président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro (en bleu), le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, le ministre de la Défense Hamed Bakayoko (à droite) et le ministre de la Justice Jeannot Kouadio Ahoussou (derrière Soro). © AFP PHOTO / SIA KAMBOU

À trois ans de la présidentielle, le Rassemblement des républicains d’Alassane Ouattara organise son congrès les 9 et 10 septembre. Les défis qui l’attendent sont nombreux.

Lorsqu’il pénétrera dans le Palais des sports d’Abidjan, le 9 septembre, Alassane Dramane Ouattara (ADO) se rappellera sans doute le combat qu’il a entamé dans cette même arène il y a dix-huit ans. Le 1er août 1999, c’est là qu’il était devenu président du Rassemblement des républicains (RDR). La veille, il avait quitté Washington et son poste de directeur général adjoint du FMI pour se consacrer pleinement à la politique. Pour la première fois, il annonçait officiellement son ambition : s’installer au palais présidentiel.

Près de deux décennies plus tard, un plébiscite l’y attend : 10 000 délégués doivent venir de tout le pays. Au total, 75 000 militants sont annoncés. Des dizaines de bus ont été affrétés, des écrans géants installés. Tout a été pensé pour célébrer dans le faste le retour du chef. Car ce n’est plus un secret : les 9 et 10 septembre, lors du troisième congrès du RDR, Alassane Ouattara sera réinstallé à la tête de son parti. La Constitution ivoirienne l’avait contraint à quitter ce poste en mai 2011, lors de son accession à la tête de l’État. Mais ADO a pris soin de supprimer cette disposition de la nouvelle loi suprême, adoptée en 2016.

Maintes fois annoncée, la grand-messe du RDR aura finalement lieu avec quatre ans de retard – selon les textes, elle aurait dû se tenir cinq ans après le dernier congrès ordinaire, qui date de 2008. Les dirigeants du parti voulaient attendre l’issue de la présidentielle de 2015 ; puis ils ont souhaité laisser passer le référendum constitutionnel et les législatives de 2016… Impossible de retarder davantage l’échéance. Les foules clairsemées lors des meetings, les forts taux d’abstention aux dernières échéances électorales et la multiplication des candidatures indépendantes pour la députation ont sonné l’alarme. Ensuite, la grogne sociale, qui s’est notamment exprimée lors des mutineries des militaires et des grèves des fonctionnaires, a constitué une alerte supplémentaire : le RDR perd du terrain.

Des tensions depuis plusieurs semaines

« Depuis notre arrivée au pouvoir nous avons baissé la garde, si bien que certains de nos adversaires imaginent que nous n’arriverons pas à remporter les prochaines élections », reconnaît Joël N’Guessan, le porte-parole du RDR. Certains cadres sont bien plus sévères et décrivent un parti qui ne parvient plus à rassembler, dont les dirigeants sont coupés de leurs militants. De toute part, la gouvernance d’Amadou Soumahoro, le secrétaire général par intérim depuis 2011, est critiquée. Doutes et désillusions ont gagné une partie des cadres de la formation au pouvoir. « Alassane Ouattara est notre figure tutélaire, il est l’homme qui incarne nos convictions. Il était important qu’il reprenne une place centrale dans le parti », estime Adama Bictogo, le secrétaire général adjoint chargé d’organiser ce troisième congrès. « Son retour était un impératif, assure de son côté l’ancien ministre Ibrahim Cissé Bacongo. Car, dans le parti, la guerre des éléphants a débuté. »

Ces dernières semaines, la tension est encore montée d’un cran. Lors des meetings de mobilisation à travers le pays, les attaques émanant des principales figures du RDR étaient à peine voilées. Leur cible : Guillaume Soro. Alors que l’entourage d’ADO est convaincu de l’implication du président de l’Assemblée nationale dans les mutineries qui ont secoué le pays en janvier et en mai, les ponts sont désormais coupés entre les deux alliés. « Nous ne nous sentons pas concernés par ce congrès. La dernière fois que le chef de l’État a consulté le président de l’Assemblée, c’était le 6 juillet. Depuis, plus rien ! Le seul signe que nous avons reçu, c’est un courrier demandant une participation financière de 2 millions de francs CFA [près de 3 050 euros] pour les frais d’organisation », déplore Sindou Meïté, l’un des conseillers de Guillaume Soro.

L’ancien chef rebelle ne se rendra très vraisemblablement pas au congrès du RDR. Selon plusieurs sources, il n’a pas l’intention non plus d’accepter d’intégrer la direction du parti. Alassane Ouattara aurait pourtant prévu de lui proposer l’un des postes de vice-président, aux côtés du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly et du ministre de la Défense Hamed Bakayoko, ses principaux rivaux.

Alassane Ouattara ou Guillaume Soro ?

Après avoir un temps rêvé de prendre la tête du parti, pourrait-il claquer la porte ? « Le RDR est seulement un club de soutien à Alassane Ouattara. Nous n’avons pas grand-chose à y faire », ironise un proche de Soro. Encourageant la naissance de mouvements de soutien, étoffant ses réseaux, ce dernier se prépare à exercer le pouvoir, déterminé à se présenter à la prochaine présidentielle (lire p. 29). Il y a quelques années, Alassane Ouattara lui avait promis devant Blaise Compaoré que 2020 sonnerait son heure, aime-t-il à rappeler.

Des ambitions que balaient ses rivaux. « Soro, c’est peanuts ! s’emporte l’un d’eux. S’il part, qui emmènera-t-il avec lui ? Pas grand monde. Tous ceux qui ont trahi Ouattara l’ont payé cash. »

À défaut d’inquiéter, les agissements de Guillaume Soro agacent. En premier lieu, les photos de ses rencontres régulières avec Henri Konan Bédié. Car, plus que jamais, l’alliance entre le RDR et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) bat de l’aile. Leur fusion, pourtant maintes fois annoncée, semble maintenant enterrée. Et les prétentions du patron de l’ancien parti unique ont aiguisé les rivalités. Après avoir appelé à voter Alassane Ouattara en 2010, puis avoir soutenu sa candidature dès le premier tour en 2015, le « Sphinx » refuse de voir sa formation renoncer une nouvelle fois à la magistrature suprême. Il assure qu’Alassane Ouattara lui a promis son ralliement, au nom de l’alternance. Un pacte pourtant démenti par le chef de l’État en privé.

Des choix cruciaux pour la prochaine élection

Désormais, chacun attend donc une clarification nette à l’occasion du congrès. « C’est la grande question actuellement : le RDR imagine-t-il aller aux élections seul ou maintiendra-t-il son accord avec le PDCI ? analyse un observateur. Le parti est réellement divisé, mais il y a peu de chances que Ouattara tranche tout de suite. Cela se réglera sans doute plus tard, dans un tête-à-tête entre les deux leaders. » Lors du congrès, le RDR devrait se contenter de rappeler son attachement à la coalition du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) ainsi que sa volonté de créer un parti unifié avec son allié.

À trois ans de l’élection présidentielle, il est trop tôt pour abattre ses cartes. Mais, dans cette partie de poker, tous les joueurs s’observent avec méfiance. Le nom du prochain secrétaire général du RDR, qui sera nommé par le président du parti, fait ainsi l’objet de toutes les spéculations. Parmi Amadou Soumahoro, Gilbert Koné Kafana, Ibrahim Cissé Bacongo et Adama Bictogo, qui ont fait part de leurs ambitions à Alassane Ouattara début août, le dernier est donné gagnant (lire ci-dessous). L’homme d’affaires est en effet proche d’Amadou Gon Coulibaly, considéré comme le dauphin d’Alassane Ouattara. Mais, à l’heure des recompositions, plus aucune hypothèse n’est écartée. Plusieurs cadres plaident désormais pour un troisième mandat d’Alassane Ouattara. Une perspective que le président avait autrefois écartée, mais sur laquelle il ne veut plus se prononcer.

Une chose est sûre : tous s’accordent à voir en ce congrès un tournant. « Le RDR joue son destin. Nous devons faire les bons choix, sinon, en 2020, le pouvoir nous échappera », prédit Ibrahim Cissé Bacongo. En 1999, lorsque Alassane Ouattara avait pris les rênes du RDR, l’objectif du parti était de conquérir le pouvoir. Son défi est maintenant de le conserver.