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Alain Koninckx, l’embaumeur belge à qui la dépouille d’Étienne Tshisekedi a été confiée

Hommage à Étienne Tshisekedi, leader de l'opposition congolaise, à Bruxelles, le 5 février 2017. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Au début de février, lorsque Alain Koninckx a été appelé à la clinique Ste-Élisabeth, à Bruxelles, il était loin de se douter de ce qui l’y attendait. Cet embaumeur belge est spécialisé dans les soins préalables à des rapatriements, le plus souvent vers l’Afrique – et en particulier vers la RD Congo.

C’est donc à lui qu’a été confiée la dépouille d’Étienne Tshisekedi. Tenu par la déontologie de sa profession, il n’en dira pas plus sur les soins qu’il a prodigués à ce client si particulier. Tout juste consent-il à préciser que, dans cet établissement haut de gamme, il a travaillé dans d’excellentes conditions. Ce jeune homme passionné de 33 ans a en revanche accepté de nous recevoir pour évoquer les techniques de ce métier si spécial. Longue barbe soignée, cheveux peignés, blouse blanche, il se démène, souriant, entre des bonbonnes de formol et les dépouilles de deux personnes âgées.

En Belgique, un corps ne doit pas être conservé plus de dix ans

Les techniques d’embaumement actuelles ont peu à voir avec celles de l’Égypte antique : aucun organe n’est retiré. Et, sauf exception, les corps ne sont pas congelés. « Ils se dégraderaient encore plus vite ensuite », explique Alain Koninckx.

Pour l’essentiel, les soins consistent à injecter dans les artères du défunt, à partir de deux incisions, une solution à base de formol, remplaçant en partie son sang. La concentration du liquide conservateur varie en fonction de la durée de préservation souhaitée. Dans la plupart des cas, celle-ci est de quelques jours, afin que le corps soit présentable et inodore lors de l’inhumation.

Pour les embaumements destinés à un rapatriement en avion, on a recours à des concentrations intermédiaires, réalisées à partir de six incisions.

Mais, à très forte concentration, cette solution permet de conserver un corps pendant plusieurs années – par exemple pour l’enseignement de la médecine. « On peut aller très loin, confirme l’embaumeur. En fait, ce n’est pas la technique qui détermine cette limite, mais la loi belge : un corps ne doit pas être conservé plus de dix ans. »

Tshisekedi a reçu un embaumement qui lui permettait de tenir au moins une quinzaine de jours

Pour les embaumements destinés à un rapatriement en avion, on a recours à des concentrations intermédiaires, réalisées à partir de six incisions. Le corps est censé tenir au moins une quinzaine de jours, souvent un peu plus.

Pour favoriser la conservation, la dépouille doit ensuite être maintenue à une température basse, mais surtout stable, pour éviter la condensation et l’humidité. Si notre interlocuteur se refuse à le confirmer, c’est bien ce type de traitement qu’a subi le corps sans vie d’Étienne Tshisekedi.

« Mais, si nécessaire, tous les rites peuvent être menés avec un cercueil fermé »

Depuis, Alain Koninckx suit, avec un mélange de curiosité professionnelle et d’appréhension, les nouvelles concernant le rapatriement de la dépouille de l’ancien opposant. « Je n’ai jamais connu pareille situation, reconnaît-il. Malgré la durée, je ne pense pas que le corps posera de problème sanitaire. Il n’est pas en décomposition, comme j’ai pu le lire, mais sera-t-il présentable ? Ça, je n’en ai aucune idée. »

Betuku Mesu Lubuyu Didi ne s’inquiète pas outre mesure. Président d’une association culturelle des peuples du Kasaï dont Tshisekedi lui-même était proche, il est particulièrement sensible au respect des traditions. « Mais, si nécessaire, tous les rites peuvent être menés avec un cercueil fermé », assure-t-il.