Fermer

France : qui est Ahmed Eddarraz, buraliste proche du couple Macron ?

Ahmed Eddarraz lors de la convention de La République en marche, à Paris, le 8 juillet. © Bruno LEVY

Ahmed Eddarraz, buraliste aveyronnais d’origine marocaine s’est lié d’amitié avec le couple Macron, jouant un rôle actif auprès de la future première dame lors de la campagne présidentielle. Il voit désormais plus loin.

On l’a aperçu le 23 avril, au soir du premier tour de l’élection présidentielle, à la table du couple Macron, à La Rotonde. On l’a de nouveau vu lors de la cérémonie d’investiture à l’Élysée, le 14 mai. Puis à la tribune officielle lors des commémorations du 14 Juillet. Musculature avantageuse et large sourire, Ahmed Eddarraz posait aussi, le 14 juin, au côté de l’écrivaine Leïla Slimani, Prix Goncourt 2016, et de la sénatrice Bariza Khiari, au pied d’un des Falcon 7X aux couleurs de la République française, sur le tarmac de l’aéroport de Rabat, à l’occasion de l’un des premiers voyages du président Macron à l’étranger.

« Ce voyage, c’était un peu un rêve et une consécration pour moi », se réjouit aujourd’hui le trentenaire, attablé dans un café parisien. Gouailleur, un brin charmeur, naturel et décontracté, celui qui passe pour l’un des « Marocains de Macron » est aussi un homme du Midi, dont il a l’accent chantant.

Être maghrébin dans cette région, ce n’est pas facile tous les jours », raconte Ahmed Eddarraz

Né en octobre 1985 à Millau, il y est propriétaire du bureau de tabac Le Recantou – « “le recoin de la cheminée”, en patois aveyronnais », précise-t‑il. Et y a passé toute sa vie. « Être maghrébin dans cette région, ce n’est pas facile tous les jours », ajoute-t‑il tout en se gardant d’adopter un discours trop clivant.

Chaque année, il retourne voir les siens au Maroc, dans un quartier populaire de Casablanca : « Nous sommes des Jbalas, originaires du Nord marocain. Mais aujourd’hui, ma famille vit aux Roches-Noires. »

Un parcours militant

Avant de rencontrer le couple Macron, Ahmed Eddarraz avait un long parcours militant derrière lui. Il n’a que 17 ans lorsque Jean-Marie Le Pen se qualifie pour le second tour de la présidentielle de 2002. Sous le choc, l’adolescent rejoint le Parti socialiste et multiplie par ailleurs les petits boulots.

À l’instar de la nouvelle génération, il préfère poster des messages sur un mur Facebook que s’astreindre à de fastidieuses séances de collage d’affiches sur de vrais murs.

Conseiller municipal en 2013, il travaille avec le maire socialiste de Millau et se sent alors proche du discours libéral incarné par Dominique Strauss-Kahn. « Quand Emmanuel Macron est apparu, je me suis vite retrouvé dans son discours », explique-t‑il.

Dès 2015, il rejoint La Gauche libre, structure à mi-chemin entre un think tank et un mouvement politique, dont celui qui est encore ministre de l’Économie de François Hollande finira par s’émanciper pour lancer En marche !

On a vite envie d’être pris sous leur aile, ils sont très attentifs, très humains », s’enthousiasme Ahmed au sujet du couple Macron

Courant 2016, Eddarraz rencontre le couple Macron, qui fait une visite à Rodez, non loin de Millau. Il les accompagne au musée, se lie avec eux. « On a vite envie d’être pris sous leur aile, ils sont très attentifs, très humains, se réjouit-il. Ils sympathisent avec tout le monde. Pour eux, il n’y a pas les gens importants d’un côté et les petites mains de l’autre. »

Elle m’a offert L’Étranger, d’Albert Camus, et m’a conseillé de le lire », raconte Ahmed en parlant de Brigitte Macron

C’est avec Brigitte Macron que le courant passe le mieux. Ahmed a quitté l’école lorsqu’il avait 16 ans, elle a été professeur de lettres… « Elle m’a offert L’Étranger, d’Albert Camus, et m’a conseillé de le lire. Visiblement, c’est un livre très important pour elle. J’ai bien aimé. »

Le factotum du couple présidentiel

Proche du couple, impliqué dans sa région – il a travaillé avec des figures locales comme Louis Nicollin, l’ancien président du club de football de Montpellier –, Eddarraz a dès lors toutes les cartes en main.

Jean-Marie Girier, le directeur de campagne d’Emmanuel Macron, en fait un référent d’En marche ! dans sa région. Parallèlement, il devient une sorte de factotum de Brigitte Macron, l’accompagnant ou la précédant à chacun de ses déplacements afin de lui faciliter la tâche.

Il en fait de même avec le candidat Macron lorsque ce dernier passe en meeting dans la région, comme à Montpellier en octobre 2016.

Depuis l’élection du 7 mai dernier, Eddarraz a eu l’occasion de revoir le couple présidentiel lors d’un dîner privé à l’Élysée et continue de militer avec ses plus proches camarades, à l’instar du député franco-marocain M’jid El Guerrab.

Pourtant, aux législatives de juin, il a passé son tour. « Ce n’était pas forcément le moment. Dans le Sud, il faut y aller petit à petit : je suis maghrébin d’origine… », glisse l’intéressé. Qui attend le bon moment pour se lancer. Sans doute en 2019, à l’occasion des élections européennes.