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Paul Kagame, président et patron de Crystal Ventures

Par - Envoyé spécial à Kigali

Paul Kagame lors du 20ème anniversaire du génocide rwandais, à Kigali, le 10 octobre 2016. © Ben Curtis/AP/SIPA

Paul Kagame gère son pays comme une entreprise. Au sens propre. En plus d’être président de la République et chairman du Front patriotique rwandais (FPR), il est également le patron de facto de Crystal Ventures, fonds d’investissement et bras financier du parti.

Créée en 1995, sous l’appellation Tri-Star Investments, avant d’être rebaptisée Crystal Ventures en 2009, « cette compagnie privée financée par la diaspora a été à la base de la reconstruction du pays au lendemain du génocide », rappelle le politologue Jean-Paul Kimonyo. Incontournable dans l’économie rwandaise, Crystal Ventures est aujourd’hui le deuxième employeur du pays derrière l’État, avec un capital estimé à 500 millions de dollars, grâce à ses participations dans les principaux secteurs d’activité, de l’agroalimentaire à la sécurité en passant par les télécoms, les services financiers et le BTP.

Au point que de nombreux experts n’hésitent pas à critiquer son positionnement quasi monopolistique sur certaines filières. « À l’heure où le pouvoir cherche à développer le secteur privé local et à faire venir les investisseurs étrangers, la question se pose de savoir si le holding ne joue pas un rôle de repoussoir, s’interroge la Banque mondiale. Le gouvernement doit rester un facilitateur économique avant de se retirer pour laisser place à l’initiative privée. »

La nomination à sa tête, en juin, du Singapourien Kok Foong Lee a peut-être justement pour but d’appliquer au Rwanda le même pragmatisme économique qui a fait, dans le passé, le succès de l’île-État.