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Santé des chefs d’État : quand les blouses blanches prennent la plume

Une représentation de Nelson Mandela sur un mur du township de Katlehong, à 35 km à l'est de Johannesburg, le 18 juillet 2015. © Themba Hadebe/AP/SIPA

Jusqu’où s’étend le devoir de réserve des médecins de chef d’État ? Certains, dont dernièrement celui de Nelson Mandela, sont accusés d’avoir rompu le serment d’Hippocrate.

C’est un ouvrage désormais introuvable que seuls quelques rares Sud-Africains – dont certains journalistes – ont eu le temps de se procurer : Mandela’s Last Years, signé du médecin personnel de Madiba, a été retiré de la vente le 19 juillet, soit une journée après sa mise en rayons.

Le lieutenant-général Vejay Ramlakan, ancien compagnon de lutte du Congrès national africain (ANC), emprisonné à Robben Island entre 1987 et 1991, assure avoir voulu « montrer le courage et la force de Nelson Mandela jusqu’à la fin de sa vie ». Mais la maison d’édition, Penguin Ramdom House South Africa, a pris très au sérieux les menaces de procès lancées par la famille de l’ancien président sud-africain, qui estime que Ramlakan a violé le secret médical. Ce dernier dévoile ainsi – entre autres – le diagnostic établi lors de l’entrée de Madiba « dans un état grave » à l’hôpital Mediclinic Heart, le 8 juin 2013, soit six mois avant son décès.

Un cas loin d’être isolé

Cette affaire n’est pas sans rappeler celle du médecin personnel de François Mitterrand. Attaqué par la famille de ce dernier, le docteur Claude Gubler s’était vu condamné à quatre mois de prison avec sursis en 1996, puis il avait été radié de l’ordre des médecins.

Il avait divulgué, dans Le Grand Secret (Plon, 1996), la date réelle du diagnostic du cancer de la prostate de l’ancien président français (1981, au lieu de 1992 officiellement), et avait rédigé de faux certificats médicaux afin de cacher la maladie.

Le livre a finalement retrouvé les librairies en 2005 après que la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France

Publié le 16 janvier 1996, seulement une semaine après le décès de François Mitterrand, retiré des ventes au bout de quatre jours (40 000 exemplaires déjà vendus), le livre a finalement retrouvé les librairies en 2005 (aux éditions du Rocher) après que la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France.

Selon l’institution, « la publication dudit ouvrage s’inscrivait dans un débat d’intérêt général sur le droit du public à être informé des affections graves dont souffrait le président et l’aptitude de ce dernier à assumer de telles fonctions alors qu’il se savait gravement malade ».

Au Maroc, Le Cheval du roi (Les presses du Midi, 2004) avait aussi fait polémique. Si l’ouvrage du médecin personnel de Hassan II, François Cléret, ne brisait aucun secret médical, il révélait une part intime du souverain marocain, ce qui ne fut pas du goût de ce dernier.

Le professeur Edmond Bertrand, auteur d’Un Autre Houphouët  a choisi de raconter « l’homme derrière le politique » sans, là non plus, rompre le serment d’Hippocrate

Le professeur Edmond Bertrand, collaborateur de JA et auteur d’Un Autre Houphouët (L’Harmattan, 2015), consacré au père de la nation ivoirienne, Félix Houphouët-Boigny, dont il fut le cardiologue pendant vingt ans, a lui choisi de raconter « l’homme derrière le politique » sans, là non plus, rompre le serment d’Hippocrate. Il considère que « le secret médical doit être absolu, y compris après le décès, car on ne connaît pas les répercussions que cela peut avoir, notamment sur la famille ».