Xia Huang, ambassadeur de Chine au Congo : « Il n’est pas dans nos habitudes d’acculer un partenaire en difficulté »

À la résidence de l’ambassadeur, le 14 juillet. © Muriel Devey Malu-Malu pour JA

C’est fin 2015 que Xia Huang a pris ses fonctions d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Chine au Congo. Disert, ouvert et accueillant, le quinquagénaire a un riche parcours. Interview avec ce parfait francophone déjà passé par le Gabon, le Niger et le Sénégal.

Né à Pékin, marié et père d’un garçon, Xia Huang a fait des études de diplomatie en Chine, de droit en Belgique, à l’université de Liège (ULB), puis d’interprétariat à la Commission des communautés européennes, avant d’intégrer l’École nationale d’administration (ENA) à Paris, promotion Valmy – celle de l’actuel ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire.

Autant dire qu’il possède une parfaite maîtrise de la langue de molière. Et toutes les cartes en main pour apporter une nouvelle dynamique aux intérêts chinois dans les bastions francophones d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Nommé attaché et troisième secrétaire à l’ambassade de Chine au Gabon, puis conseiller politique à l’ambassade de Chine en France, après un retour de trois ans dans son pays natal en tant que vice-maire de Jiamusi (nord-est de la Chine), il devient ambassadeur au Niger (2009-2012) puis au Sénégal (2012-2015).

Jeune Afrique : Quel bilan faites-vous de la coopération sino-congolaise depuis la signature de l’accord-cadre de partenariat stratégique, en 2006 ?

Xia Huang : Le bilan de notre coopération est très positif, avec des résultats tangibles et remarquables dans tous les secteurs, quels que soient les outils financiers. Les relations sino-congolaises reposent sur une confiance politique réciproque qui va en s’approfondissant et sur une coopération multidimensionnelle qui ne cesse de donner des fruits bien palpables.

Le changement, que l’on constate désormais partout à travers le pays, porte les traces de la coopération chinoise

Le Congo a connu beaucoup de péripéties, notamment la guerre civile de 1997-1999 [lire pp. 66-67], qui a ravagé une partie des acquis engrangés depuis 1960. La Chine l’accompagne depuis toujours dans ses efforts de développement. Et le changement, que l’on constate désormais partout à travers le pays, porte les traces de la coopération chinoise. À titre d’illustration, le Congo est aujourd’hui mieux desservi en matière d’infrastructures de transport, et mieux équipé.

Conseillez-vous les autorités congolaises dans le choix et la pertinence de leurs projets ? On peut penser par exemple aux 13 aéroports, dont la moitié ne sont pas opérationnels…

Nos partenaires congolais sont les mieux placés pour évaluer et définir leurs besoins. Dans leur plan national, ils présentent des souhaits.

De notre côté, à partir de notre propre expérience, nous leur donnons des conseils et leur faisons des propositions. L’identification et le montage d’un projet sont toujours le résultat de concertations et de discussions entre les deux parties. Le respect de l’autre est une valeur importante dans la culture chinoise.

À combien s’élève l’engagement financier de la Chine au Congo dans le cadre de ce partenariat stratégique ?

Dans sa coopération avec les pays en développement, notamment africains, l’État chinois privilégie la logique des projets et non celle des montants financiers.

Depuis 2006,  le montant de nos engagements s’élève à environ 4,5 milliards de dollars

En l’occurrence, le stock de nos financements en faveur du Congo fluctue en fonction de l’avancement des projets. Depuis 2006, si l’on inclut l’aide sans contrepartie, les prêts sans intérêts et les prêts concessionnels, le montant de nos engagements s’élève à environ 4,5 milliards de dollars. Mais ce n’est pas exhaustif.

Quelles garanties avez-vous mises en place au cas où le pays aurait des difficultés à rembourser ?

Aujourd’hui, le Congo traverse une passe difficile, comme d’autres pays dont l’économie repose essentiellement sur l’exploitation pétrolière. Notre réaction est de travailler main dans la main avec le Congo et de voir comment traverser au mieux cette période.

S’il y a des retards de paiement, c’est plutôt une question d’organisation et de gestion et non de mauvaise volonté. Nous travaillons en étroite concertation avec nos partenaires pour alléger les contraintes et trouver des solutions qui conviennent aux différentes parties.

Nous ne pouvons pas acculer un partenaire qui se trouve en difficulté. Nous devons, au contraire, l’aider… C’est dans les moments difficiles que l’on peut identifier ses vrais amis.

Pourquoi avoir choisi le Congo pour implanter la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA) ? Quelle est la stratégie de cet établissement ?

À l’échelle continentale, les établissements bancaires commerciaux chinois sont surtout présents en Afrique australe et en Afrique de l’Est, mais pas en Afrique centrale ni en Afrique de l’Ouest, où le monde francophone occupe une place prépondérante.

Être présent dans ces zones est une nécessité, et le choix du Congo comme lieu d’implantation de la BSCA est le fruit d’une volonté commune de nos deux pays.

C’est dans ce cadre qu’a été signé un accord de coopération entre la Banque agricole de Chine et un partenaire congolais, à l’occasion d’une visite d’État en Chine du président Denis Sassou Nguesso en 2014.

 Au-delà de la sous-région, nous réfléchissons à implanter la BSCA dans les autres pays africains

La Banque sino-congolaise pour l’Afrique – qui a démarré ses activités en 2016 – a atteint sa vitesse de croisière, avec l’ouverture récente d’une antenne à Pointe-Noire. Sa présence s’inscrit sur le long terme. Au-delà de la sous-région, nous réfléchissons à l’implanter dans les autres pays africains. Nous devons être plus ambitieux.

Vous envisagez donc d’établir des filiales de la BSCA dans toute l’Afrique et de faire massivement appel à l’investissement privé ?

Les besoins du continent étant énormes, l’aide publique au développement d’origine chinoise ne sera pas suffisante. Nous encourageons donc les entrepreneurs chinois à investir en Afrique en fonction de la réalité de chaque pays.

C’est en mobilisant plusieurs outils financiers que l’on pourra mieux les aider à réaliser leurs rêves d’émergence. L’ouverture de la BSCA est un outil important pour accompagner tous les acteurs, publics et privés, qu’ils soient congolais, d’autres pays africains ou chinois.

À combien estimez-vous le nombre de Chinois présents au Congo ?

Il y a deux catégories. D’une part, les ingénieurs et techniciens, qui viennent travailler dans le cadre d’un projet ou assurent la maintenance d’équipements, l’assistance technique après sa réalisation.

Par ailleurs, des hommes d’affaires du privé sont présents dans le pays depuis une quinzaine d’années, qui se sédentarisent. On estime leur nombre entre 2 000 et 3 000. Ce brassage avec le tissu social local connaît une évolution rapide et raisonnable, compte tenu de l’approfondissement des échanges entre nos deux pays.


Pas franchement nécessaire, mais c’est cadeau

«Aide de la Chine. JPC ». L’inscription peinte en lettres rouges, en français et en chinois, sur une interminable palissade blanche annonce la couleur. C’est le long du boulevard Denis-Sassou-Nguesso, face au ministère de la Justice et au commissariat de police, que sera érigé le futur siège du Parlement congolais : un premier hémicycle de 500 sièges pour l’Assemblée nationale (qui ne compte que 151 élus), un second de 300 pour le Sénat, une salle de réception et quelque 500 places de parking.

Les travaux, engagés en mai, sont réalisés par Jiangsu Provincial Construction (JPC), pour une livraison fin 2019. Bien que la construction de ce nouveau Parlement soit un don de Pékin, d’un coût estimé à environ 35 milliards de F CFA (plus de 53 millions d’euros), les commentaires fusent, beaucoup estimant qu’il y avait certainement des projets plus urgents.

Mais pour Xia Huang, l’ambassadeur de Chine au Congo, « son nouveau siège offrira de meilleures conditions de travail au Parlement, et cette contribution de l’État chinois permettra au Congo d’assurer une meilleure gouvernance, d’avoir une vision plus clairvoyante de son avenir ».

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